I.UCINDE
Non, mon cher époox, cela ne sera pas.
104 ]êRA'STE y
Non ; louons la sagesse de la providence ; elle fait tout) elle dirige tout pour la meilleure fin ; elle aime ses créatures, et ne veille pas avec moins de soins sur la plus petite que sur la plus grande. Elle conserve ^ et Poiseau qui chante dans nos buissons , et Pabçille qui bourdonne autour de nous, et le ver qui rampe à nos pieds. Et nous murmurerions contre ses voies , parce que notre sort n'attire pas les regards de l'envie î Reprends courage ; vois toute cette belle contrée qui nous sourit. Un beau eiel et une soirée magnifique se préparent à embellir les adieux du jour, de ce jour qui a avancé notre carrière , et qui nous a rapprochés du développement de notre sort.
iRÂSTE.
Je te remercie mille fois, ma chère Lucinde ! Quel bonheur pour moi , quel bonheur, inexprimable de te posséder ! Tu as soutenu ma foible raison ; tu as rendu la sérénité à mon esprit, sérénité qui ne ressemble pas, hélas! à un beau jour de
PASTORALE. lo5
printemps ; c'est la sérénité plus triste d'une nuit tranquille que la lune éclaire de ses rayons. Tu calmes sans cesse cette pensée , cette accablante pensée que mon père m'a abandonné , qu'il m'a entiére- - ment banni de son cœur.... Que lorsque tu rendras les derniers soupirs y à mon père ! un fils que tu as relégua loin de toi , ne pourra pas baigner de ses larmes le lit où reposera ton corps mourant, qu'il ne pourra pas entendre de tes lèvres ta dernière bénédiction. Daigne y dans ces momens , te souvenir dé moi , et n'oublie pas de bénir un infortuné, qui a encouru tes disgrâces , et à qui tu donnas la vie. r
LUCINDE
O le meilleur des époux } ta raison au>roit dissipé elle-même ces sombres pensées. Je n'ai fait que mettre devant tes yeux des moti£s de consolation que tu aurois trouvés toi-même mieux que moi dans un autre moment. Quant au souhait que tu fais à l'égard de ton père, ah!
106 illA&TE ^
fasse le ciel qu*il soît accompli ! Grand
Dieu! je
saASTE.
Je t'en conjure, ma chère, n'achevé pas.
IN'e te fais point de reproches à ce sujet.
Si je pOuTOis les écouter, je serois indigne du plus grand des bonheurs , du bonheur de te posséder.