S CE NE V
SIMON
bovT-iLS partis % Pourvu du moins
qu'ils ne me voient pas sitôt. Ah! c'est une mauvaise marque de craindre de les voir.
(Mettant la main sur son cûsur.) IX'où vient mon cœur est- il si agité ^ Pourquoi bat-il avec tant de violence i Quel est €0 pesant fardeau que je sens sur ma conscience % Non ! non ! cesse de. me ppursj^iyre, idée chagrine. Ise me reprocha ,ppint,uuQ action que j'ai Mte dans la meilleure in-
PASTORALE. IQÇ
tention du monde. Courage , Simon ! ton cœur trop sensible est dans les alarmes, parce que tu a& osé exécuter ce qui eût été un trait de ■ scélérat dans toute autre circonstance. Rassure -toi ; ce n^est point un mal , l'intention et la nécessité t'excusent. Non, «ur ton ame, tu n'as point fait de mal. Mais je crains que quelqu'un ne yienne avant que j'aie composé mon yisàge. (// tire une bourse pleine d'argent, ) Voici une bonne somme ; il y aura de quoi vivre pendant bien du temps. Mais voler , voler sur le grand chemin ! Allons , ma conscience, calmer toi., C'est pour la première et pour la dernière fois. J'aime mieux la disette la plus affreuse , et vivre en paix avec toi , que l'abondance avec ton inimitié Ce n'est que pour nous soulager
dans le besoin extrême oà . nous étions , que j'ai été demander à ce voyageur , par force à la vérité, une petite partie de son superflu. Et même il ne s'en passera que jusqu'à ce qu'il soit de retour chez lui ; là il trouvera dans ses coffres de quoi se dédommfiger amplement de cette petite perte.
tlO iRASTE y
Non, par Dieu , il n'est pas Juste que tant de faquins jouissent de la plus grande ai« sance , tandis que mon vertueux maitre , Lucinde son épouse , leurs enfaiis et moi mourons de £aim dans ce désert. Le sang me bout ! lorsque je vois ces orgueilleux , ces inf&mes débauchés , ne tenir pas plus de compte des pauyres et des malheureux que des bétes , se promener de plaisir en plaisir, et dissiper criminellement des biens qui n*ont été acquis la plupart que par la misère d^autrui. Que le pauvre cependant meure de faim , que le malheureux périsse et répande des larmes de sang, -en voyant ces monstres dévorer impunément les biens de la terre , peu leur importe. Oh ! non, il est juste que les pauvres en aient leur part, et je ne me repens point de ce que j'ai
fait. Je.... Ciel J'entends du bruit 1....
quelqu'un vient..;, non. Je tremble comme si l'on venoit de me retirer du fond de la rivière. Vieux sot que je suis î Allons , je vais me déguiser comme il faut ; et pour ne pas être embarrassé , examinons ce que fe dois dire. Je n'oserois jamais dire la
7ÀSTORAXE. 111
yérîté à mon maître. Tais- toi ^ ma cons'* cîence. Voyez comme un mal en amené un autre! Allons , il en faudra venir là; ma foi y il faudra mentir. Je dirai.... Eh
bien y quoi ?...... le .mal -adroit ! Ah , je
suis dans une situation délicate ! . . . . Je
dirai.... que j'ai.... Eh non, idiot! Voyez
la belle finesse. Dès le premier instant on sauroit tout...... Oui y oui , Toici qui ira
bien. J'ai rencontré dans la ville un homme très-bien mis , qui m'a reconnu ; pour moi y je ne le connois pas ; il m'a demandé si j'étois encore au service d'Eraste , et m'a dit que qu'il étpit pénétré de compassion , que Ah! ah! maïs quelqu'un
vient ! Ce sont nos deux enfans. Voyez si l'on peut être un seul instant tranquille !
Allons, allons, j6 jouerai mon rôle à mer- Teille.
112 i RAS TE j
LES DEUX FILS d'ÉRASTE, 8XM.PN.
PREMIER FILS
Dotez le bien venu , Simon.
SECOND FILS
. Ah , ah î Simon , vous voici de retour bonsoir.
Simon est tout relieur.
PREMIER FILS
Vous ne me paroissez pas de bonne hv meur y Simon.
Oui , il y a quelque chose dans ma foll de tête.
SECOND FILS
Vous êtes revenu bien tard de là ville.
SIMON
C'est que j'y avois beaucoup à faire.
PREMIER PILS
En avez-TOus apporté quelque chose 1
SIMON
Oh, sans doute. Nous sommes à présent dans l'abondance.
SECOND FII.S.
Ah ! mon cher Simon.
PREMIER FILS
Pour moi y foi été chercher des fruits dans la forêt, et j'en ai rapporté plein mon panier.
SIMON'
Cest fort bien. Vous êtes un -aimable garçon ; rien ne nous manquera donc ce soir.
SECOND FILS
Je Youdrois bien être aussi grand que mon frère, afin de travailler aussi, et de contribuer à notre subsistance.
PREMIER FILS
Le temps en yiendra^ mon cher frère.
J l4 ilLASTE
SECOND PILS
Ah , mon frère , que je t'^embrasse ! ( Ils s'embrassent.*) Tu ne sauroîs croire combien je t^aime. Notre père et notre mère seront si aises ! Nous n^avions rien à manger , et maintenant nous en aurons de reste.
Gomme ma chère mère a pleuré aujourd'hui en travaillant à son ouvrage ! Je suis entré dans la chambre où elle étoit assise devant son métier ; elle ne me voyoit pas. Elle n'a fait que pleurer, travailler et prier Dieu ; et je n'ai pas pu m'empécher de pleurer aussi.
Elle m'a entendu , et a promptement essuyé ses larmes, comme si elle n^avoit pas vouhi que je la visse pleurer. J'ai bien vu cependant qu'elle pleuroit. Simon , dites^ nous, pourquoi pleurent-ils si souvent J'un et l'autre % Gela me donne toujours une grande inquiétude.
Et à moi aussi. Dites-nous-en la raison ^ si TQ^S 1|L s^yez.
PASTORALE. Il5
Hem ! mes enfans ! je pense qu'ils pleurent , parce que nous sommes si pauvres.
PREMIER PII.8
Pauvres! nousl
SECOKP PILS.
Nos voisins qui habitent sur la montagne sont pauvres y mais nous ^ nous ne le sommes pas.
PREMIER PII.S
Oui^ nous le sonmies quelquefois. Nous Pétions ce matin , mais maintenant nous ne le sommes plus ; nous avons bonne provision. Et même, est-ce que nous ne sommes pas riches actuellement ?
fihlMOK.
Ha > ha , ha , les bons enfans l
PREMIER PILS
Vous riez , Simon ! Mais n'est - on pas riche quand on a de quoi subsister ? Nous
'Il6 . ^RASTE y
ayons maintenant notre nécessaire pour ] de trois jours.
siMOir.
Les bons enfans que vous êtes !
PREMIER 7IL8
Mais , Simon y si nous sommes paurr qu^ont donc ceux qui sont riches %
. Ils ont tout en abondance.
PREMIER PIL8
Et qu'en ont -ils à faire? N'est-ce avoir en abondance, lorsqu'on a plus qa n'a besoin d'avoir.
SIMON
Oui , et malgré cela , ils sont rarem* contens.
SECOND FILS
Qu'ils sont singuliers , ces gens-là !
PREMIER .FILS
. Est-ce. qu'ils ne donnent pas le super à ceux qui n'ont rien 1
Au contraire , ils prennent souvent an pauvre le peu qu'il a , pour augmenter encore leurs richesses.
SECOND FIL8
Oh ! Simon ! tu vois que nous sommes des enfansy et tu badines avec nous. Qu'en dis -tu, mon frère 1 Crois -tu qu'il y ait de pareilles gens î
PREMIER 7ILS
J'ai bien de la peine à le croire. Simon , je vous en prie , ne vous moquez pas de nous. Il ne £sLut pas mentir.
SIMONé
Ce que je vous ai dit, n'est que trop vrai ; la ville est remplie de gens de cette espèce.
PREMIER PILS
Mais si j'avois du superflu , je le donnerois à nos voisins , et nos père et mère feroient de même*
]l8 iRASTE y
SECOND 7 ILS
Sans doute ; et moi aussi.
PREMIER FILS
Je ne connois pas de plus grand ph je pleure de joie lorsque je vois un pa qui nous remercie et nous bénit de si cœur y parce que nous lui ayons d quelque chose dont nous nous passons peine.
SECOND FILS
Oui , mon frère y et moi aussi. Cel fait plus de plaisir que si j'ayois le plu oiseau du monde.
PREMIER FILS
Simon, dites -nous donc pourquoi père et ma mère pleurent de n'éftre pa ches 1 CTest une chose que je ne puis cr<
Apparemment, c'est parce qu'ils anr< du supeiiiu s'ils étoient riches , et ^ pourroient par ce moyen se procurer souvent le plaisir de soulager les paun
PREMIER FILS
Ail ! sans doute y Simon , vous l'avez deviné. Et je crois que je pleurerai aussi à ^avenir de ce que nous ne sommes pas riches. Mais, viens, moiji frère, rentrons chez nous ; et vous aussi , Simon ^ venez avec nous.