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uvres des deux Corneille (Pierre et Thomas)

Jusqu'ici. d'IIS presque toutes les éditions de Cornoille, on l'est borné à ri'iiroduire, souvent en l'abrépeant nu hasard, le commentaire de Voltaire, et cependant l'auteur du Cid est sans contreilit l'un de nos poètes qui ont été le plus étudies par les biographi'S et les critiques. On composerait une liibliothL'ijue avec les écrits dont il a été le sujet, et de notre temps niêuio il s'est formé autour d» lui une nouvelle école de commcnlalcurs qui, après avoir conquis pour la plupart un ranjî supérieur dans la littérature contemporaine, n'ont point cru déroger en se faisant les Scoliastes empressés de Polyeucte , de Cinna et des autres chefs-d'œuvre de Corneille. Nous avons pensé qu'il y aurait beaucoup de ( hoses neuves ot instructives à recueillir, tant pour la bio};rapbie que pour la critique lilléraire dans les études qui ont été faites depuis Voltaire, et beaucoup de choses oubliées à reprendre dans le dix-septième siècle et la première moitié du dix-buitièuie. Encouragé par l'accueil fait à notre édition de Molière, nous avons pour Corneille suivi le même procédé. Nous avons cherché dans les livres, les recueils périodiques, les journaux, et, ce dépouillement exécuté d'une manière complète, voici ce que nous avons fait :

1" Nous avons d'abord établi un texte aussi correct que possible, d'après les meilleures éditions;

2» Nous avons reproduit toutes les corrections, toutes les vanantes, eu nous conformant pour quelques points douteux à l'excellent travail de M. Renouard;

3» Nous avons donné les dédicaces, les avertissements et Ici examens, parce que ces morceaux précieux font connaître, tout à la fois le caractère de l'auteur, ses théories sur l'arl, et qu'ils offrent le spectacle, unique dans lliistoire littéraire, li'un éeri- ▼ain se critiquant et se louant lui-même avec lo uicinc impartialité que s'il s'aj^issait d'un autre;

k* Nous avons aussi donné les trois discours sur la fri.fédic qui sont la première et la plus remarquable théorie de l'art dramatique qui ait été publiée en France. Nous avony joînl à ces discours le commentaire de Voltaire dans toulo son intéprilé, parce que ce commentaire est lui-même une théorie complète, et précieuse par le nom et par le talent de son auteur;

S* Nous avons fait précéder chaque pièce de notices dans les-

II AVIS SUn CKITE ÉDITION.

t|iielk'S sont rcproiluils, .nialyscs ou ilisctités les jugements Ici plus remarquables; l'iadicatinn dos sources où l'auteur a puisé, l'histoire des représculalions et celle des polémiques auxquelles elles ont donné lieu. Nous nous sommes attaché surtout à retracer dans tons ses détails la querelle du Cid, que l'on peut regarder avec raison comme l'un des événements littéraires les plus importants du dix-septi';nie siècle;

60 Pour rédiger la vie de Corneille qui se trouve en tête de ce volume, nous avons dépouillé tout ce qui s'est fait en France depuis deux siècles au sujet le notre poète. Nous avons comparé les diverses bioj^rapliies entre elles, nous avons mis à profit les nombreuses et intéres;ar.t3S publications des sociétés savantes de la capitale de la Normandie, et, venu le dernier après tant de cberclieurs infatijjables, nous avons pu réunir des détails nombreux et authentiques qui, nous l'espérons, feront connaître le grauil Corneille dans les particularités les plus intimes de sa vie;

70 Les notes placées dans le courant des pièces offrent le résumé substantiel des travaux et des opinions du père Bruinoy, de Fouteuelle, des deux Racine, de labbé Batteux, de Voltaire, de Palissot, de Ginsruené, de La Harpe, de l'empereur Napoléon, de François de Neufchàtcau, de Chateaubriand; nous avons également mis à profit les études biographiques ou critiques de MM. Taschereau, Sainte-Beuve, Nisard, Saint-Marc Girardin, Walras, Louis Passy, Jules Janin et Guizot. On a ainsi la substance de ce qui s'est fait de plus important depuis deux siècles sur Corneille et les productions de son génie.

En ce qui touche Thomas Corneille, nous n'avons pas cru devoir donner le Festin de Pierre, parce que ce n'est qu'une traduction eu vers d'une pièce en prose de beaucoup supérieure; qTie cette traduction est entièrement abandonnée aujourd'hui au théâtre, et qu'elle ferait pour le lecteur double emploi avec le Don Junn de notre édition de Molière; nous nous sommes borné à choisir parmi les pièces originales, celles qui nous ont paru olhir, dans le genre comique et le genre tragique, le plus de mérite et d'intérêt.

Enlin, nous avons fait, parmi les poésies fugitives de Corneille, un choix sévère, et nous n'avons rien négligé pour rendre notre édition digne du grand écrivain dont el'e reprcjduit 1m œuvres.

PÎEURE CORNEILLE.

i*icrre Corneille, sieur de Damville, à qui la France, suivant l'heureuse expression de Voltaire, a donné li- nom de Grand « non-seulement pour le distinguer de son frère, mais du reste des hommes, n naquit à Rouen, rue de la Pie, le 6 juin ^6(I6 *. Sa mère, d'une famille honorablement connue dans la Normandie, se nommait Marthe le Pesant de Boisguilbert; sou ptre était avocat du roi à la Table de Marbre de Normandie, et maître particulier des eaux et forêts en la vicomte de Rouen. Homme énergique et dévoué aux devoirs de sa charge, le père de l'auteur du Cid eut plusieurs fois occasion, au milieu des désordres de son temps, de signaler son zèle pour le bien public. Au mois de janvier 4612, des bandes armées et affamées parcouraient les campagnes; la forêt de Roumare était surtout le théâtre de leurs dévastations. L'avocat du roi résolut d'y mettre un terme, o Suivi seulement de quatre sergents, et assistti d'un substitut du piocureur généra!, dit M. Floquel, qui le premier a fait connaître cette anecdote', Corueille père se rend achevai au lieu où se comiiu ttaient les désordres. Sur le

' Toir, pour la f.'i m-alogie de CorDeillc,un très-exact travail Av M. A. G. BallÏD, Revue '!■ lioutn. n* Hu 10 mai 1833 ; — Lettre à M"', contenant la génia- Vki*'. de Coriietlle, par Dreux ilu Radier, 1757, in-12 ; — sur Pierre Corneille, tt yere du poëie, Mémoire lu par M. Floqnet, à l'acadéiiiie île Rouen, le 20 janvier 1837. reproduit p.nr M. Guizot : Corndlle et «on tempi. p. "283 el suiv. ; — fur la maison de Corneille, la description de M. Legendre, Rtrue de Rouen 10 mai 1833. p. 238. — Rapport sur U jour de la naissance de fierre Corneille, <t sur la maison oi il ut ni. par M. Pierre-Alexis Corneille, 1829, in-8*.

• D'tpre» uo Reijittre letrit du pa-'Iement de Rouen, 7 janvier l' 5

IV PIEURK CORNEILLE.

rli(iniii(l<> 6ap;iuino, une bande de quinze ou vingt pillards, munis «le serpes et de haches, s'offre à eux. Aux iniorpel» lations de Corneille, ces hommes désespérés répondent hardiment Il qu'ils vonl à la forêt, et qu'ils meurent de ^im et de froid. » Corneille, si peu accompagné, ne craint pas de faire arracher à quelques-uns d'entre «ix leurs haches et leurs outils. Mais cène fut pas sans peine, et « oncuida veoir (dit le registre) une révolte contre luy et les siens. » A peu d'instants de là, un de ses quatre sergents est maltraité pnr l'avant-garde d'une autre bande de plus de trois cents pill;irds armés qui, descendus de la forêt de Roumare, charj^ji s (le bois, se tenaient en haie aux avenues, « et y avoit danger (disent les registres) qu'ils ne se jetassent sur maître Pierre Corneille et sur ceux qui l'accompagnoient. f Il se iiâte de revenir à Rouen faire au parlement son rapport. Cette cour souveraine aperçoit toutes les conséquences de pareils désordres, « won pas seulement (disent les gens du roi) pour le dommage dans les forêts, mais à cause de la révolte qui se prcparoit pour tous les cas où il arriveroit quelque nécessité; » et, renseignée par Pierre Corneille, elfe prend des mesures qui tout, du moins pour un temps, cesser ces mouvements populaires *. »

Le pore du grand Corneille, on le voit par le fait que

' Les l)ons services de Corneille, comme maître des eaux et forêts, lui méritèrent en 1637 des lettres de noblesse, dans lesquelles od lit cet lionorabla témoignage :

< Et il'antaiit que, par le tesmoignage de nos plus spéciaux serviteurs, nont sommes ileiu-ment informés que nostre amé et féal Pierre Corneille, issu de benne et honorable race et famille, a toujours eu en bonne et singulière recommandatidii le bien de cest estât et le nostre en divers emplois qu'il a eus par nostrt- comniauilement et pour le bien de nostre service et du publiq, et parliculièriMiient en l'exercice de l'oflice de maistre de nos caues et fnrcsls, en la viconte de Rouen, durant plus de vingt ans, dont il s'est acquitté avec un ci- Irême soini; et fidélité, pour la conservation de nos dictes forosls, et en plusieurs autres occasions, où il s'est porté avec tel zèle et adectiou que ses services rendus et ceux que nous espérons de luy, à l'advenir, nous donnent ftubject 'le recongnoistre sa vertu et mérites, et les décorer de ce degré d'bon- ■eur, pour marque et mémoire à sa postérité. >

Lesioltii-s de 1637 furent renouvelées en 1669, par Louis XIV, en faveur de Pierre ".i tie Thomas Corneille. Leure armoiries étaient d'aïur, 4 la fasce d'or.

PIERRE COIiNl'ILLE. t

nous venons de cilcr, olait un homme de cœur, et, saus aucun doute, il inculqua de bonne heure à son fils celle idée du devoir, qui dcvail plus tard l'inspirer avec lanl de force et de noblesse.

Fils aîné de sept enfants, Pierre Corneille fut placé de bonne heure au collège des jésuites de Rouen; il y fil des progrès rapides, et fixa l'attention de ses maîtres par quelques traductions en vers de Lucain •. On sait peu de chose de sa jeunesse, sinon que sa famille le destinait au barreau, qu'il ^ut inscrit, dés 1624, sur le tableau des avocats de Rouen, qu'il prêta serment le 48 juin de la même année, et qu'en 1627, il obtint des lettres de dispense d'âge pour exercer les fonctions d'avocat du roi à la Table de Marbre ', car à cette époque il n'élail âge que de vingt et un ans, et la loi en exigeait vingt-cinq '.

Si l'on s'en rapporte à Fontenelle, qui du reslc n'est pas toujours très-exaclemcnt renseigné, l'amour aurait été l'ocrasioD de la première composition lilléraire de Corneille : ». Un jeune homme mène un de ses amis chez une fille dont il était amoureux; le nouveau venu s'établit chez la demoiselle sur les ruines de son introducteur; le plaisirque lui fait cette aventure le rend poêle : il en fait une comédie (SIélile), et voilà le grand Corneille. »

Celle anccdole a paru suspecte à quelques biographes *. — Pierre Corneille, a-t-on dit, était trop honnête homme pour abuser ainsi de la confiance d'un ami. Mélitc, d'ailleurs, est

diargées de trois U-les de lion de gueule», et accompagnée» de trois étoile» daf feot posera l'.oux en ibcF et une en pointe.

' llol.iiul .laus ce collège ud prix en 1618 ou I6l9. Le vdiume qui lui fm ëoDué en colle occasion faisait partie de la bitiliolIiei|ue de M. Villenave.

' Les iiialierc* dont s'occupait celte juridiction claient de* aoartej «( des di' Utt foratier$.

" Le- tiale» et le» fait», tels que laus le» consi;non> ici, ont donné lieu à d» |>mbreuses conrusiont ; ÎI. Floqucl le» a le premier rétablis d'apte» di;» docn- Ment» aulbcntii|ues.

♦Voir la di5ius«ioude M. TaKkereau i ce «ujcl : Vie de CorntilU, ItlU, ia-i', p. 3 et saiv

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