‹ uvres des deux CorneilleChapitre 112 sur 433 · SCÈNE III. — LE VIEIL HORACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — LE VIEIL HORACE, CAMILLE

LE VIEIL HORACE

Ma fille, il n'est plus temps de répandre des pleurs;

Il sied mal d'en verser où l'on voit tant d'honneurs :

On pleure injustement des pertes domestiques,

Quand on eu voit sortir des victoires publiques.

Home triomphe d'Albe, ci c'est assez pour nous;

Tous nos maux à ce prix doivent nous être doux

En la mort d'un amant vous ne perdez qu'un homme

Dont la perle est aisée à réparer dans Rome ;

Après cette victoire, il n'est point de Romain

Qui ne soit {yiorieux de vous donner la main.

11 me faut à Sabine en porter la nouvelle;

Ce coup sera sans doute assez rude pour elle,

Et ses trois frères morts par la main d'un époux

Lui donneront des pleurs bien plus justes qu'à vous;

Mais j'espère aisément en dissiper l'orage,

Et qu'un peu de prudence, aidant son grand courage.

Fera bientôt régner sur un si noble cœur

Le généreux amour qu'elle doit au vainqueur.

Cependant étouffez cette lâche tristesse;

Recevez-le, s'il vient, avec moins de foiblesse;

Faites-vous voir sa sœur, et qu'en un même flanc

Le ciel vous a tous deux formés d'un même sang.

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