‹ uvres des deux CorneilleChapitre 126 sur 433 · SCÈNE IV. — JULIK, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — JULIK, seul

Camille, ainsi le ciel t'avoit bien avertie Dos tragiques succès qu'il t'avoit préparés; Mais toujours du secret il cache une partie Aux esprits les plus nets et les plus éclairés.

Il sembloit nous parler de ton proche hyniénée, II sembloit tout promettre à tes vœux innocents; Et, nous cacnant ainsi ta mort inopinée, Sa voix n'est que trop vraie en trompant notre sens.

« Albe et Rome aujourd'hui prennent une autre face • Tes vœux sont exau "es ; elles goiîtent la paix ; ■ Et tu vas être unici^vec ton Curiace, B Saoc qu'aucun mauvais sort t'en séjMire jamais.

EXAMEiN D'HORACE.

C'est iine croyance assez générale que cette pièce pourroil pas.-er pour la plus belle des mieane?, si les derniers actes répondoi»ut aux premiers. Tous veulent que la mort de Camille en gâte la fin, et j'en demeure d'accord; mais je ne sais si tous en savent la raison. On l'attribue coraniunéincut à ce qu'on voit Cftte mort sur la scène; ce qui seroit plutôt la faute de l'actrice que la mienne, parce que, quand elle voit son frère mettre l'ëpée à la main, la frayeur, si naturelle au sexe, lui doit faire prendre la fuite, et recevoir le coup derrière le théâtre, comme je le marque dans cette impression. D'ailleurs , si c'est une règle de ne le point ensanglanter, elle n'est pas du temps d'Aristoti', qui nous .ipprend que, pour émouvoir puissamment, ii faut de grands déplaisirs, des blessures et des morts en spectacle. Horace ne veut pas que nous y hasardions les événement» trop dénaturés, comme de Médée qui tue ses enfants; mais je ne vois pas qu'il en fasse une règle générale pour toutes sortes de morts, ni que l'emportement d'un honune passionné pour sa patrie contre une sœur qui la maudit en sa présence arec des imprécations horribles soit de même nature que la cruauté de cette mère. Sénèque l'expose aux yeux du peuple en dépit d'Horace; et, cher Sophocle, Ajax ne se cache point aux sp^'ctiteurs lorsqu'il se tue. L'adoucissement que j'apporte dans le second de ces discours pour rectifier la mort de Clytemaestrc ne peut être propre ici à celle de Camille. Quand elle s'enferreroit d'elle-même par désespoir en voyant son l'rère l'épee à la main, ce frère ne laisseroit pas d'être criminel de lavoir tirée contre elle, puisqu'il n'y a point de troisième personne sur le Ûiéitre à qui ii pût adresser le coup qu'elle recevroit, comme peut faire Oreste à Egisthe. D'ailleurs, lliistoire est trop connue pour retrancher le péril qu'il court d'une mort infâme aprcj l'avoir tuée; et la défeiLse que lui prête son père pour obtenir ?a grâce n'auroit plus de lieu s'il demeuroit innocent. Quoiqu'il en soit, voyons si cette action n'a pu causer la chute de ce poëme que par là, et si elle n'a point d'autre irrégularité que de blesser les yeux.

Comme je n'ai point accoutumé de dissimuler mes défauts, l'en trouve ici deux ou trois assez considérables. Le premier est aue celle action, qui devient la principale de la pièce, ^t mo>

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