TULLE
Valère, c'est assez; Vos discours par les leurs ne sont pas effacés ; J'en garde en mon esprit les forces plus pressante»» El toutes vos raisons me sont encor présentes. Cette énorme action faite presqu'à nos yeux Outrage la nature, et blesse jusqu'aux dieux. Un premier mouvement qui produit un tel crime Ne sauroit lui servir d'excuse légitime : Les moins sévères lois en ce point sont d'accord; Et, si nous les suivons, il est digne de mort. Si d'ailleurs nous voulons regarder le coupable, Ce crime, quoique grand, énorme, inexcusable, Vient Je la mèmp épée, et part du même bras Qui nie fait aujourd'hui maitre de deux états. l)ci;x sceptres en ma niaïu* Aibe à Rome asservie»
ACfK V, SCKNE III. «65
Parlent bien hautement en faveur de sa vie :
Sans lui j'ohoirois où je donne la loi,
Et je serois sujet où je suis deux fois roi.
Assez de bons sujets dans toutes les provinces
Par des vœux impuissants s'aequilleut vers h urs princes ,
Tous les peuvent aimer : mais tous ne peuvent pas
Par d'illustres effets assurer leurs étals;
Et fart et le pouvoir d'affermir des couronnes
Sont des dons que le ciel fait à peu de personne».
De pareils serviteurs sont les forces des rois,
Et de pareils aussi sont au-dessus des lois.
Qu'elles se taisent donc; que Rome dissimule
Ce que dès sa naissance elle vit en Romule ;
Elle peut bien souffrir en son libérateur
Ce qu'elle a bien souffert en son premier auteur.
Vis donc, Horace; vis, guerrier trop maf[niinime : Ta vertu met ta gloire au-dessus de ton crime; Sa chaleur généreuse a produit ton forfait; D'une cause si belle il faut souffrir l'effet. Vis pour servir l'état; vis, mais aime Valère : Qu'il ne reste entre vous ni haine ni colère; Et soit qu'il ait suivi l'amour ou le devoir. Sans aucun sentiment résous-toi de le voir. Sabine, écoutez moins la douleur qui vous presse; Chassez de ce grand cœur ces marques de foiblesse : C'est en séchant vos pleurs que vous vous montrerei La véritable sœur de ceux que vous pleurez.
Mais nous devons aux dieux demain un sacrifice; El nous aurions le ciel à nos vœux mal propice. Si nos prêtres, avant que de sacrifier, Ne trouvoient les moyens de le purifier : Son père en prendra soin; il lui sera facile D'apaiser tout d'un tem|)s les mânes de Camille Je la plains ; et pour rendre à son sort rigoureux Ce que peut Tiuhailer son esprit amoureux, Puisqu'en un même jour l'ardeur d'un même zèle Achève le destin de son amant et d'elle, Je veux qu'un même jour, témoin de leurs deux morts, tu uo même tombeau voie enfermer leurs "-orps.
(i HORACE.