‹ uvres des deux CorneilleChapitre 142 sur 433 · ACTE II, SCÈNE I. V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. V

Sa coiilumc l'oinporlc, et non pas la raison ;

Et cotlo ^ioiIlo erreur, rnie Ciiiua veut almlli^

Est une heureuse erreur dont il est idolâtre,

Par qui le monde entier, asservi sous ses lois,

L'a vu cent fois manher sur la tête des rois,

Son épargne s'enller du sac de leurs provinces.

Que lui pouvoienl de plus donner les meilleurs priacet?

J'ose dire, seigneur, que par tous les climats Ne sont pas bien reçus toutes sortes d'états; Chaque peuple a le sien conforme à sa nature, Qu'on ne sauroit changer sans lui faire une injure : Telle est la loi du ciel, dwnt la sage équité Sème dans l'uuivers cette diversité.

Les Macédoniens aiment le monarchique, Et le reste des Grecs la liberté publique : Les Par thés, les Persans veulent des souverain»; El le seul consulat est bon pour les Romains.

CIiNNA.

D est vrai que du ciel la prudence iuQoie Départ à chaque peuple un différent génie; Mais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cieui Change selon les temps comme selon les lieux. Rome a reçu des rois ses u uns" et sa naissance; Elle lient des consuls sa gloire et sa puissance, Et reçoit maintenant de vos rares bontés Le comble souverain de ses prospérités.

Sous vous, l'état n'est plus en pillage aux armées; L* s portes de Janus par vos mains sont fermées, Ce que sous ses consuls on n'a vu qu'une fois, Et cju'a fait voir comme eux le second de ses rois.

MAXIME

Les changements d'état que fait l'ordre céleste

Ne coûtent poiut de sang, n'ont rien qui soit fuucste.

C'est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt,

Dr nous vendre bien cher les grands biens (pi'ils nous fonv

L'exil lies Tarquins même ensanglanta nos terres,

Et nos premiers consuls nous ont coulé des guerres.

MAXIME

Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Quand il a combattu pour uutrc liberté?

195 CINNA

CINNA

Si le ciel n'eût voulu que Rome l'oûl perdue, Par les mains de Pompée il l'auroil défi'ndue : Il a choisi sa mort pour servir dignement D'une marque étei'ncllo à ce grand changement, Et devoit celle gloire aux mânes d'un tel homme. D'emporter avec eux la liberté de Rome.

Ce nom «lepuis long-lemps ne sert qu'à l'éblouirs, Et sa propre grandeur l'empêche d'en jouir. Depuis qu'elle se voit la maîtresse du monde, Depuis que la richesse entre ses murs abonde, Et que son sein, fécond en glorieux exploits. Produit des citoyens plus puissants que des rois, Les grands, pour s'affermU* achetant les suffi'ages. Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs gage*, Qui. par des fers dorés se laissant enchaîner. Reçoivent d'eux les lois qu'ils pensent leur donner. Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par briguen, Que leur ambition tourne en sanglantes ligues. Ainsi de Marius Sylla devint jaloux; César, de mon aïeul ; Marc-Antoine, de vous : Ainsi la liberté ne peut plus être utile Qu'à former les fureurs d'une guerre civile. Lorsque, par un désordre à l'univers fatal. L'un ne veut point de maître, et l'autre point d'égah

Seigneuj", pour sauver Rome, il faut qu'elle s'uuiss« En la main d'un bon chef à qui (ont obéisse. Si vous aimez encore à la favoriser, Oloz-lui les moyens de se plus diviser. Sylla, quittant la place enfin bien usurpée, N'.i fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée, Que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir *, S'il eût dans sa famille assuré son pouvoir. Qua fait du grand César le cruel parricide, Qu élever coutie vous Antoine avec Lépide, Qui n'eussent pas détruit Rome par les Romains, Si César eût laissé l'empire entre vos mains?

' ïl semlile que le malheur des temps ne nous eût pas Tait voir Gé«ar m Pohi] lie. La pbrase est louche et obscure.

11 veut dire : Le malheur des temps n« nous tût pas fait voir It champ <m> tcrt à César •.< à l'ompee. Voltaire.)

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