‹ uvres des deux CorneilleChapitre 175 sur 433 · ABREGE DU MARTYRE DE SAINT POLYEUCTE · texte numérisé non relu

ABREGE DU MARTYRE DE SAINT POLYEUCTE

âcnt par Sime'on Nétapbrastc, et rapporta par Snriiu.

î/inf^énieiise tissure des fictions avec la vérité, où consiste te plus beau secret de la poésie, produit d'ordinaire deux sortes d'efiets, selon la diversité des esprits qili la voient. Les uns se laissent si bien persuader à cet enchainement, qu'aussitôt qu'ils ont remarqué quelques événements véritables , ils s'imairiuent la même cliose des motifs qui les font naître et des circonstances qui les accompag-nent; les autres, mieux avertis de notre artifice, soupçonnent de fausseté tout ce qui n'est pas de leur connoissance : si bien que, quand nous traitons quelque histoire écartée dont ils ne trouvent rien dans leur souvenir, ils l'attribuent tout entière à l'effort de notre unagination , et la prennent pour une aventure de roman.

L'un et l'autre de ces effets seroit dangereux en cette rencontre : il y va de la gloire de Dieu, qui se plaît dans celle de «es saints, dont la mort si précieuse devant ses yeux ne doit pas passer pour fabuleuse devant ceux des hommes. Au lieu de sanctifier notre théâtre par sa représentation, nous y profanerions la sainteté de leurs souffrances, si nous permeltions que la crédillité des uns et la défiance des antres, également .abusées par ce mélange, se méprissent également en la vénération qui leur es' due, et que les premiers la rendissent mal à propos à ceux qtn ne la méritent pas, pendant que les autres la démeroient à ceui à qui elle appartient.

r.lJtGEDU MAl'.TYIiK DK S. POLYEUCl 1 . :257

Saint Pi'IjiMute est un iiuirlyr dont, s'il met permis ilc parler ainsi, beancoup ont plutôt appris le nom à la comédie qu'à l'éfrlise. I.e Martyrologe romain en fait mention snr le 13 du février, mais en deux mots, suivant sa coutume; Çaronius, dans SOS Annales, n'en écrit qu'une !i!:fne; le seul Surius, on plutôt Mosander, qui l'a anijmt'nté dans Ics'dernicres impressions, en rapporte la mort assez au long: sur le 9 de janvier : cl j'ai cru qu'il éldit de mon devoir d'en mettre ici l'abréj^é. Comme il a été à propos d'en rendre la représentation an;réable, aliii que le plai>ir put en insinuer plus doucement l'utilité, et lui servir comme de véliictile pour la porter dans l'âme du peuple, il est juste aussi de lui donner cette lumière pour démêler la vérité d'avec ses ornements, et lui Taire reconnoître ce qui lui doit imprimer du respect connue saint, et ce qui le iloit seulement divertir comme industrieux. Voici donc ce que ce dernier nous apprend.

« Polyeucte et Néai*que étoient deux cavaliers étroitement liés ensemble d'amitié; ils vivoient en l'an 250, sous 1 empire de Dccius; leur demeure étoit dans Mélitène . capitale d'Arménie; leur relisrioii dilTérenle. Néarque étoit Chrétien, et Polyeucte suivoil encore la secte des Gentils, mai'; ayant toutes les qualités lii^-n -s d un Cbrétien, et une grande inclination à le devenir. L'empiTeur ayant fait publier un édil très rigoureux contre les Chrétiens, cette publication donna un grand trouble à Néarque, non par la crainte îles sui)plices dont il étoit menacé, mais pour l'apprélicnsion qu'il eut que leur amitié ne souffrit (juelqiie séparation ou refroidissement par cet édit, vu les peines qui etoient proposées à ceux de sa religion, et les honneurs promis à ceux du parti contraire; il en conçut un si profond dépl.ijsir, qu< son ami s'en apert;ut; et l'ayant obligé de lui en dire la cause, il prit de là ocra>;ion de lui ouvrir son cœur : Ne craignez point, lui dit-il. qtie l'éjlit de l'empereur nous désunisse; j'ai vu celte nuit le Christ qu<' vous adorez; il m'a dépouillé d'une robe sale pour me revêtir d'une autre toute lumineuse, et m'a fait monter sur un cheval aile pour le sui\re : celle vi.sion m'a résolu entièrement à faire ce qu'il y a long-temps que je médite; 1« seul nom de Chrétien me manque; et vous-mènie, toutes les fois que vous m'avez parlé de votre grand Messie, vous avez pu remarquer que je vous ai toujours éco'ilé nscc respect; et i^uaud fOUS m'avez lu sa vie et sas enseignements, j'ai toujours a<lniiré la sainleté de sts actions et de ses discours : o Néarque I si je ne me croyois pas indigne d'aller à lui sans èlre initié dans set mystères et avoir reçu la grâce de ses sacrements, que vous terriez éclater lardeur que j'ai de mourir pour sa gloire et le •outien de ses éternelles vérités! Néarque l'ayant eclairci sur l'illusion du fcrupule où il étoit par l'exemple du bon larrov.

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qui en un moment mcrila le ciel, bien qu'il n'eût pas reçu le baptême; aussitôt notre martyr, ploiiul'iiiie sainte ferveur, prend l'édit de l'empereur, craclie dessus, et le déchire en morceaux qu'il jette au .vent; et voyant des idoles (\\k- le peuple portoU sur les autels pour les adorer, il les arrarlie à ceux qui les portoient, les brise contre terre, et les foule aux pieds, étonnant tout le monde et son ami même par la chaleur de ce sèle qu'il n'avoit pas espéré.

» Son beau-père Félix, qui avoit la commission de l'empereur pour persécuter les Chrétiens, ayant vu lui-même ce qu'avoit fait son geudre, saisi de douleur de voir l'espoir et l'appui de sa famille perdus, tâche d'ébranler sa constance, premièrement par de belles paroles, ensuite par des menaces, enfin par des coups qu'il lui fait donner par ses bourreaux sur tout le visage : mais n'en ayant pu venir à bout, pour dernier effort ii lui envoie sa fille Pauline, afin de \oir si ses larmes n'auroieut point plus de pouvoir sur l'esprit d'un mari que n'avoient eu 8cs artifices et ses rigueurs. Il n'avance rien davantage par là; au contraire, voyant que sa fermeté convertissoit beaucoup de Païens, il le condamne à perdre la tète. Cet arrêt fut exécuté sur l'heure; et le saint martyr, sans autre baptême que de son sang, s'en alla prendre possession de la gloire que Dieu a promise à ceux qui renoncîroient à eux-mêmes pour l'amour de lui. »

Voilà en peu de mots ce qu'en dit Surius : le songe de Pauline, l'amour de Sévère, le baptême effectif de Polyeucte, le sacrifice pour la victoire de l'empereur, la dignité de Félix que je fais gouverneur d'Arménie, la mort de Néarque, la conversion de Félix et de Pauline, sont des inventions et des embellissements de théâtre. La seule victoire de l'empereur contre le» Perses a qucli|ue fondement dans l'histoire; et, sans chercher d'autres auteurs, elle est rapportée par M. Coeffeteau dans son Eistoire romaine; mais il ne dit pas, ni qu'il leur imposa tribut, ni qu'il envoya faire des sacrifices de remercîment en Arménie.

Si j'ai ajouté ces incidents et ces particularités selon l'art, ou non, les savants en jugeront; mon but ici n'est pas de les justifier, mais seulement d'avertir le lecteur de ce qu'il en peut croire.

l^ULVElJf TE. 249

PERSONNAGES

fétlX, (énateur romain, gouverneur d'ArmODie. POLÏEI'CTR, seigneur arménien, gendre de Félix. S^.VÈRE, chevalier romain, favori de l'empereur Dëde. NF.ARQl'E, seigneur arménien, ami de Polyïucte. PAt'LIXE, fille de Félix, et femme de Potyeucte. STRATONICE, ciyifidenle de Pauline.

ALIIIX, cnniideiïl de Félil.

FABIAN, dameslique de Sévère.

CLEOX, domestique de Félix.

Trois Gardes.

L> K' n; ist i MiMitène, capitale d'Armënie, dans le palais de Félix.

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