‹ uvres des deux CorneilleChapitre 176 sur 433 · SCÈNE I. — POLYEUCTE, NÉARQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — POLYEUCTE, NÉARQUE

NÉARQCE.

O"oil VOUS vous arrêtez aux songes d'une femme! I)e si foibies sujets troublent celle grande âmel Ll ce cœur tant de fois dans la guerre éprouvé S'alaime d'un péril qu'une femme a rêvé !

Je sais ce qu'est un songe, et le peu de croyance * Un'ua homme doit donner à son extravagance, ijui d'un amas confus des vapeurs de la nuit hurmc de vains objels que le réveil détruit, XI, us \ûus ne savez pas ce que c'est qu'une femme; \ous ignorez quels droits elle a sur toute l'àme ijuanil, après un long temps (|u'elle a su nous charineri l.ts 11, imbeaux de riiymen \ieiinent de s'allumer, l'aul ne, sans raison dans la douleur plongée,

8«igucur, a vM «oipçoiu doonex moins de cro,-uc«> (KtciBe.)

Craint cl croit déjà voir ma mort qu'elle a songée^

Elle oppose ses pleurs a» dessein que je fais,

Et tâfhe à m'enipêcher de sortir du palais.

Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes;

Elle me fait pilié sans me donner d'alarmes;

Et mon conir, attendri sans être intimide,

N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé.

L'occasion, Néarque, est-elle si pressante

Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?

Par un peu de remise épargnons son ennui,

Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui *«

NÉARQUE

Avez-vous cependant une pleine assurance

D'avoir assez de vie, ou de persévérance?

Et Dieu qui tient voire âme et vos jours dans sa irtri^

Promet-il à vos vœux de le vouloir demain ?

U est toujours tout juste et tout bon; mais sa grâce

Ne descend pas toujours avec même efficace;

Après cerlainsinoments que perdent nos longueurs

Elle quille ces traits qui pénètrent les cœurs;

Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré :

Le bras qui la versoit en devient plus avare*;

Et celte sainte ardeur qui doit porter au bien

lombe plus rarement, ou n'opère plus rien.

Celle qui vous pressoit de courir au baptême,

Languissante déjà, cesse d'être la même,

Et, pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr,

Sa llamme se dissipe, et va s'évanouir.

Vous me connoisscz mal, la même ardeur me brûle,

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.

Ces pleurs, que je regarde avec un œil d'époux.

Me laissent dans le cœur aussi chrétien que vous;

Mais, pour en recevoir le sacré caractère

Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire,

Et qui, purgeant notre âme, et dessillant nos yeux„

' Tar. Remettons ce dessein qui l'accable d'ennui,

Nous le pourrons demain anssi-lien qu'aujourd'hui.

2 Ta*. ie bras qai la versoit s'arrête et se courrouce ; Notre cwur s'endurcit, et sa pointe s'émousto-

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