SCÈNE VI. — POLYEUCTE, NÉARQUE
MEARQUE.
06 pensei-vous aller?
POLYEDCTE.
Au temple où l'on m'appell«w
NÉARQDE.
Quoi! vous mêler aux tobux d'uue troupe infidèle! Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien ?
POLTECCTE.
Vous par qui je le suis, vous en souvieniii nie» *
NÉARQDF.
J'abhorre -es faux dieux.
^•ITEDCTE.
Et moi, je les déteste.
NÉARQUE
Je tiens leur culte impie.
POLTEUCTE.
Et je le tiens funeste.
NÉAKQDE.
Fuyea donc kurs autels.
.^t'IÏECCTE.
Je les veuï renverser*.
Et mourir dans \eiir temple, ou les y terrasser, -4)Ion?, mon cher Néarque, allons aux yeux des homme» t>raver Tidolâtrie, et monirer qui nous sommes C'est l'attente du ciel, il nous la faut remplir; Je viens de le promettre, et je vais l'acconiplir.
' Cett une tradit on que tout l'hôtel de Rambouillet, et particulièrement révêque de Vence, Godeau, condamna cette entreprise de Polyeucte : on dinit qne c .--■• un xèle imprudent ; que plusieurs évèques et plusieurs synodes aTvent expressément défendu ces attentats contre Tordre et contre les lois* ^'on refusait même la commue on aux Chrétiens qui, par des témérités paleilles, aTaient exposé l'Église entière aux persécutions : on ajoutait qu • Po» Ijencte et même Pauline aurairjit intéressé bien davantage, si Polyeucte avait simplement refusé d'assister à un sacrifice idolâtre fait na i'honceur ■it U vi;toire de Sévère. Ces réflexions me paraissent judicieuses: mais il me paraît aissi que le spectateur pardonne a Polyeucte son imprudence, comme celle d'an jenae homme pénétré d'un zèle ardent que le baptême fortifie en lui : j| n'exaâiiiae pas si ce lèie est selon la science. (Voltaire.) — L'ardeur inconsidérée da Polveacte ne le rend que plus intéressant et plus théâtral ; on ne voit dans cett« ir.iUce de ,t;ane homme qu'uu mépris héroïque de la rnorl, qu'un entbo'uidsai j»i>ûin« pcia- iet ventes nouvelles dent il vient d'être eciairé. [GcoOrov j
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! • Mnds grâces au Dieu que Ui m'as fail conuoîlio Ht' ceUe occasion qu'il a silôl fait naître, Où déjà sa bonté, prèle à mo couronner, îi;!i;;iie éprouver la foi qu'il vient de me donner.
NKARQUE.
<iii zèle est trop ardent, souffrez qu'il se modère.
POLYEICTE.
Cl n'en peut avoir trop pour le Dieu qu'on révère,
NlARQUE.
Vous trouverez la mort.
poLTrrcTE.
Je la cherche pour lui.
NÉARQIE.
tt si ce cœur s'ébranle?
POLYECCTE.
Il sera mon appui.
NÉARQIE.
:i ne commande point que l'on s'y précipite.
POLYECCTE.
I ius elle est volontaire, et plus elle mérile.
KÉARQIE.
II suffit, sans chercher, d'attendre et de souffrir,
POLYICCTE.
iiii souffre avec regret quand on n'ose s'offrir.
NÉABQUE.
Mais dans ce temple enfin la mort est assurée.
POLYECCTE.
.Mais dans le ciel déjà la palme est préparée.
NLARQUE.
l'ar une samle vie il faut la mériter.
POLYELCTE.
Mes crimes en vivant me la pounoieiil ôler. l'iiiirquoi mettre au hasard ce que la mort assure; ""Qu'ind elle ouvre \e ciel, peut-elle sembler dure? Jt' suis chrétien, Néarque, et le suis tout-à-fail; l.i foi que j'ai reçue aspire à son effet. Qui fuit croit lâchement, et n'a qu'une foi morte.
NÉARQDE.
Ménagez votre vie, à Dieu même elle importe ; Vivez pour protéger les Chrétiens en ces lieu».
POLYECCTE.
L'exemple de ma mort les fortifiera mieux.
NÉAUQUE^
Vous voulez donc mourir?
V^ous aimez donc à if!nu7
NÉARQIIE.
le ne puis déguiser que j'ai peine à vous suivre. Sous l'horreur des tourments je crains de succomber.
Qui marche assurément n'a point peur de tomber ; Dieu fait part, au besoin, de sa force infinie. Qui craint de le nier, dans son âme le nie; Il croit le pouvoir faire, et doute de sa foi.
NÉABQUE.
Qui n'appréhende rien présume trop de soi.
J'attends tout de sa grâce, et rien de ma foiblesse. Mais loin de me presser, il faut que je vous presse ! D'où vient cette froideur?
NÉAUQUE.
Dieu n\ême a craint la mort,
Il s'est offert pourtant; suivons ce saint effort; Dressons-lui des autels sur des monceaux d'idoles. 11 faut, je me souviens encor de vos paroles. Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang; Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. Hélas ! qu'avez-vous fait de cette amour parfaite Que vous me souhaitiez, et que je vous souliaile? S'il vous en reste encor, n'étes-vous point jaloux Qu'à grand' peine chrétien j'en montre plus que vous?
NÉARQUE
Vous sortez du baptême, et ce qui vous anime. C'est sa grâce qu'en vous u'affoiblit aucun crime; Comme encor tout entière, elle agit pleinement, Et tout semble possible à sou feu véhément : Mais cette même grâce en moi diminuée *
1. Cei question; de U grSce, on le sa'it, étaient, au temps où parut Polyeiieit
ga grande question du moment. <• Coriieill(<, demande à ce propos H. Sainte* BeuTe, eut-il relation avec Port-Boaal 7 S'il ue connaissait pas directement cm
ACTL il, SCLNE VI. 275
Et par niîllp |>ôflu''s sans ctsse oxd'uuée, Apil aux graiuls elTels avec l;iiil i!o laiiffiieur. Que tout semble impossible à son pou de vigueur : C6lt<' indijiie mollesse et ees lâches dc'fenses Sont des puuiliuus qu'attirent mes offenses; Mais Dieu, dont on ne doit jamais se défier, Ile donne votre exemple à me fortifier.
Allons, cher Polyeucte, allons aux yeux des hommes Braver l'idolâtrie, et montrer qui nous sommes; Puissé-je vous donner rexeuiple de souffrir. Comme vous me donnez celui do vous offrir!
POLTECCTF,.
A cet heureux transport que le ciel vous envoie, Je reconuois Néarque, et j'en pleure de joie. Ne perdons plus de temps ; le sacrifice est prêt; Allons-y du vrai Dieu soutenir l'intérêt; Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule lUjut arme un bois pourri ce peuple trop crédule; Allons en éclairer l'aveuglement fatal ; Allons briser ces dieux de pierre et de métal; Abandoonons dos jours à cette ardeur céleste; Faisons triompher Dieu : qu'il dispose du reste.
NÉARQ13E.
AilouB faire éclater sa gloire aux yeux de tous, Et répondre avec zèle à ce qu'il veut de nous.
iKMiuDr^, il «D avait eotinilu parler, ou il en connaissait d'autres pareils, ëqai TtJeDts, oa mieDX eocore il était collatcralcmeDt de h même portée; ci c<>uiii..j il arrive eu paieil cas, il les tentait, les rctronvaii et les créait ^aos • ITorls en
lui La doctrine de la grâce que relevait Port-Royal allait se divulgiiaot : il
devient évident par Polyeucte qu'elle circula jusqu'à Corneille. .. L'héritage dos mystères et des martyres à la scène était à peu près oublié et perdu eo France quand Corneille, dai'< ces vagues rumeurs des questions d<- la grâce qui grondaient autour de lui, rouvrit sniidaïuemeul le genre sacré par Polyetictf, el «kes Booi te (oMla le premier dans l'art. > [Port-Roijal, t. !•% p. i3o et sniv.)
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