SCÈNE I. — PAULINE, seult
Çiie de soucis flottants, que de confus nuages Présentent à mes yeux d'inconstantes images ! Douce tran(|uillité que je n'ose espérer, Que ton divin rayon tarde à les éclnirer ' Mille agitations, que mes troubles produisent, Daiis mon cœur ébranlé tour à tour se délruisenl; Aucun espoir n'y coule où j'ose persister; Aucun eiïroi n'y règne où j'ose m'arrêler. Mon esprit, embrassant tout ce qu'il s'imagine. Voit tantôt mon bonlieur, et tantôt ma ruine, El suit leur vaine idée avec si peu d'effet, nu'il ne peut espérer ni craindre tout-à-fait. Sévère incessamment brouille ina fantaisie: J'espère en sa vertu, je crains sa jalousie; El je n'ose penser que d'un œil bien égal Polyeiicte en ces lieux puisse voir son rival. Comme entre deux rivaux la haine est nalurellCj L'entrevue aisément se termine en querelle ; L'un voit aux mains d'autrui ce qu'il croit mérileFf L'autre un désespéré qui peut trop aUenler. (Juelque haute raison qui règle leur courage, L un conçoit de l'envie el l'autre de l'ombrage; La houle d'un affront que chacun d'eux croit voir Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir, Consumant dès l'abord toute leur patience, Forme de la colère et de la défiance ; Et, saisissant ensemble l'époux et l'amant, En dépit d'eux les livre à leur ressentiment. Mais que je me figure une étrange chimère! El que je traite mal Polyeucle et Sévère, Comme si la vertu de ces fameux rivaux Ne pouvoit s'aliranchir de ces communs défauts! Leurs âmes à toutes deux d'elles-mêmes maitresftes Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses : Ils se verront au temple en hommes généreux,