SCÈNE VI. — LE COMTE, D. DIÈGUE
LE COMTE
Enfin vous l'emportez, et la faveur du roi
Vous élève en un rang qui n'étoit dû qu'à moi*;
13 vous fait gouverneur du prince de Caslille.
D. DIÈGUE
Cette marque d'honneur qu'il met dans ma famille -Montre à tous qu'il est juste, et fait connoître assez Qu'il sait récompenser les services passés.
LE COMTE
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous somme.»: Ils peuvent se tromper comme les autres hommes; Et ce choix seit de preuve à tous les courtisans, Qu'ils savent mal payer les services présents.
D. DIÈGUE
Ne parlons plus d'un choix dont votre esprit s'irrite, La faveui- l'a pu faire autant que le mérite.
' La dureté, l'impolitesse, les rodomontades du comte sont, à la vérile', mtole'rables ; mais songez qu'il est puni.
JV. B. Aujourd'hui, quand les comédiens repre'sentenl celte pièce, ils commencent par cette scène *. Il parait qu'ils ont très-grand tort; car peut-o:i s'intéresser à la querelle du comle et de don Diègue, si on u'est pas instruit i!e» vnours de leurs enfants? L'affront que Gormas fait à don Diegue est un coup 4e théâtre, quand on espère qu'ils vont conclure le mariage de Cliimène avec Rodrigue. Ce n'est point jouer le Cid; c'est insulter son auteur que de le tronqner ainsi. On ne devrait pas permettre aux comédiens d'altérer ainsi les ou» vrages qu'ils représentent. (Voltaire.)
* C'est J. B. Rousseau qui fit ce changement, et qui supprima le rôle de l'ia. faite. (Palissot}