‹ uvres des deux CorneilleChapitre 200 sur 433 · SCÈNE III. '— POLYEUCTE, PAULINE, gardes · texte numérisé non relu

SCÈNE III. '— POLYEUCTE, PAULINE, gardes

POLTEUCTE.

Madame, quel dessein vous fait me demander? Est-ce pour me combattre, ou pour me seconder? Cet effort généreux de votre amour parfaite Vient-il à mon secours, vient-il à ma défaite? Apportez-vous ici la haine, ou l'amitié, Comme mon ennemie, ou ma chère moitié?

PAULINE

Vous n'avez point ici d'ennemi que vous-même; Seul vous vous haïssez lorsque chacun vous aime; Seul vous exécutez tout ce que j'ai rêvé : Ne veuillez pas vous perdre, et vous êtes sauvé. A quelque extrémité que votre crime passe. Vous êtes innocent si vous vous faites grâce. Daignez consiflérer le sang dont vous sortez. Vos grandes acliniis, vos rares qualités; Chéri de tout le peuple, estimé chez le prince,

O chiot de Piilveiictr, cet bjmne co chœqr de te» ponieM, imito CDiaile pu Rntruu daot Sai"l-Gtnéi, et qui avait sei lirt'CcdeiiU lyriqiir^s dan* la Ih'-itre eH(ia;:nol rt rl>»-7. li-« Ori-c», l'sl l« iiremier prélude, un jiH ••1<)i|uhiiI dw eta(pan eoMiite d'-ployét i'BnHer et li'Athaltê [&iintc-Beu*e-)

202 POLYKUCTE.

Gendre du ffouvernom- do toute la Droviiice,

Je ne vous compte à rien le nom de .non ('poux :

C'est un bonheur pour moi qui n'est pas j;raud pour vous;

Mais après vos exploits, après votre naissance,

Après votre pouvoir, voyez notre espérance ;

Et n'abandonnez pas à la main d'un bourreau

Ce qu'à nos justes vœux promet un sort si beau.

le considère plus; je sais nies avantages, Et l'espoir que sur eux forment les grands courage». Ils n'aspirent enfin qu'à des biens passagers. Que troublent les soucis, que suivent les dangers; La mort nous les ravit, la fortune s'en joue; Aujourd'hui dans le trône, et demain dans la boue. Et leur plus haut éclat fait tant de mécontents, Que peu de vos Césars en ont joui long-temps.

J'ai de l'ambition, mais plus noble et plus belle : Cette grandeur périt, j'en veux une immortelle, Un bonheur assuré, sans mesure et sans Cm, Au-dessus de l'envie, au-dessus du destin. Est-ce trop l'acheter que d'une triste vie, Qui tantôt, qui soudain, me peut être ravie ; Qui ne me fait jouir que d'un instant qui fuit. Et ne peut m'assurer de celui qui le suit''

Voilà de vos Chrétiens les ridicules songes;

Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensongts ;

Tout votre sang est peu pour un bonheur si doux!

Mais, pour en disposer, ce sang est-il à vous?

Vous n'avez pas la vie ainsi qu'un héritage ;

Le jour qui vous la donne en même temps l'engage .

Vous la devez au prince, au public, à l'état.

rOLYECCTE.

Je la voudrois pour eux perdre dans un combat; Je sais quel en est l'heur, et (Juelle en est la gloire. i)es aïeux de Décie on vante la mémoire ; £t ce nom, précieux encore à vos Romains, Au bout de six cents ans lui met l'empire aux mains. Je dois ma vie au peuple, au prince, à sa couronne; Mais je la dois bien plus au Dieu qui me la donne. Si mourir pour son prince est un illu'itre sort,

ACIL IV, SCr.M: III 293

Quand on meurt pour sou Dion, quollo sera ia inorl!

PAILI>E.

Ouol Dieu!

POLYEICTE

Tout beau, l'iuiliiie : il oiilond vos paroles; l.t ce n'est pas un Dieu comme vos dieux frivoles. Insensibles et sourds, impuissants, mutilés, l'i' bois, de marbre, ou dor, comme vous les voulez : '"."est le Dieu des Chrolicus, c'est le mien, c'est le vAtrc ; l't la terre et le ciel n'en conuoissent point d'autre.

Page 1