‹ uvres des deux CorneilleChapitre 201 sur 433 · PALL1>E · texte numérisé non relu

PALL1>E

Adorez-le dans l'âme, et n'en témoignez rien.

POLTiaCTE.

ijue je sois tout ensemble idolâtre et chrétiea!

.AULINE.

Ne feignez qu'un moment : laissez partir Sévèr«» Et douuez lieu d'agir aux boutés de mou père.

POLYELCTE

1^8 bontés de mon Dieu sont bien plus à ebénr Il m'ôte des périls que j'aurois pu courir, Kt, sans me laisser lieu do tourner en arrière. Sa faveur me couronne entrant dans la carrière; Du premier coup de vent il me conduit au port, Kt, sortant du bapléme, il m'envoie à la mort, ^i vous pouviez comprendre et le peu qu'est la vie. Et de quelles douceurs cette mort est suivie.... Mais que sert de parler de ces trésors cacbés A des esprits que Dieu n'a pas encor touchés?

PAULINE

Cruel! car il est temps que ma douleur éclata.

Et qu'un juste reproche accable une àmc ingrate;

Est-ce là ce beau feu? sont-ce là tes serments?

Témoignes-tu pour moi les moindres sentiments f

Je ne te pailois point de l'état déplorable

Où ta mort va laisser ta femme inconsolable,

Je croyois que l'amour t'en parleroit assez,

Kt je ne voulois pas de sentiments forcés :

Mais cette amour si forme et si bien méritée

yuo tu m'avois promise, et que je t'ai portée,

(^uand tu me veux qnillcr, quand lu me fais mourir,

Te p<ut-elle arracher une larme, un soupir?

Tu inc quiHes, mgral, et le fais avec joie;

Tu ne la caches pas, tu veux que je la voie; '

El ton cd'ui-, insensible à ces tristes appas,

Se fijjuie un bonheur où je ne serai pas!

C'est donc là le dégoût qu'apporte l'iiyniéiiée.

Je te suis odieuse après mètre donnée!

POLÏEUCTE.

Hélas!

PACUNE.

Que cet hélas a de peine à sortir!

Eucor s'il commençoit un heureux repentir. Que, (ont forcé qu'il est, j'y trouverois de charmes! Mais courage, il s'émeut, je vois couler des larmes. ^

POLYEOCTE.

J en verse, et plût à Dieu qu'à force d'eu verser

Ce cœur trop endurci se pût enfin percer!

Le déplorable état où je vous abandonne

Est bien digne des pleurs que mon aniour vous donjit';

Et si l'on peut au ciel sentir quelques douleurs,

J'y pleurerai pour vousJ'excès de vos malheurs :

Mais si, dans ce séjour de gloire et de lumière,

Ce Dieu tout juste et bon peut souffrir ma prière;

S'il y daigne écouter un conjugal amour.

Sur votre aveuglement il répandra le jour.

Seigneur, de vos bontés il faut que je l'obtienne*; Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne : Avec trop de mérite il vous plut la former, Pour ne vous pas connoître et ne vous pas aimer, Pour vivre des enfers esclave infortunée. Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.

PAULINE

Que dis-tu, malheureux? qu'oses-tu souhaiter?

Ce que de tout mon sang je voudrois acheter.

PAULINE

Que plutôt!...

C'est eu vain qu'on se met en dé^'ense ;

' Je roe «ouviens qu'autrefois Taiteur qui jouail Polyeucte avec des gaiil blaDCs et un grand chapeau ôtail ses pants et son chapeau pour faire sa priin 4 Dieu. Je ne sais pas si ce ridicule subsiste encore. (TolUir**)

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