‹ uvres des deux CorneilleChapitre 210 sur 433 · SCÈNE II. — FÉLIX, POF.YEUCTE. ALBIN · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — FÉLIX, POF.YEUCTE. ALBIN

FKI.IX.

-U\ donc pour la vie une haiiio si forte, IIhmmvux Poiyoïicte? et la loi (L^s Chrétiena i or«Ioiino-t-olie ainsi d'abandonner les tiens'

POLYELCTE.

-' ne hais point la vie, et j'on aime l'usage, -Mais sans attachement qui sente l'esclavage, Toujours pr?t à la rendre au Dieu dont je la tieoâ; ' ! raison nie l'ordonne, et la lo'i des Chrétiens;

je vous montre à tous par là comme il faut vitre, ^1 vous avez le cœur assez bon pour me suivre.

FÉLIX

suivre dans l'abîme où tu veux te jeter'

POLYECCTE.

S plutôt dans la gloire où je m'en vais monter

FÉLIX

! '!ine-moi pour le moins le temps de la connoîtr-e f iir me faire chrétien, sers-moi de guide à l'être t déJaigne pas de m'iustruire eu ta foi, toi-même à ton Dieu tu répondras de moi.

POLYECCTE.

n riez point, Félix, il sera votre juge;

is ne Irouvcez point devant lui de refuge; I 'S rois et les bergers y sont d'un même rang : 1" tous les siens sur vous ii vengera le sang.

FÉLIX

n'en répandrai plus, et, quoi qu'il en arrive, is la foi des Chrétiens je souffrirai qu'on vivci Il serai protecteur.

POCYECCTE.

Non, non, persécutez, I ' soyez l'instrument de uos félicités : *^.«lle d'un vrai Chrétien n'est que dans les souffrances L< s plus cruels tourments lui sont des récompenses. Dieu, (|ui rend le centuple aux bonnes actions. Pour .-ombie donne encor les persécutions : Mais ces se* rets pour vous sont fâcheux à comprendre. Ce n'est qu'à ses élus que Dieu les fait entendre.

FÉLIX

Je te parle sans fard, et veux ëlrc chrétien.

rOLTEDCTE.

Qui peut donc retard?p l'offcl d'un si grand bien?

FÉLIX

La présence importune...

POLTKUCTE.

Et de qui ? de Sévère?

Four lui seul contre toi j'ai feint tant de colère* ; Dissimule un moment jusques à son départ.

POLYEOCTE.

Félix, c'est donc ainsi que vous parlez sans fard? Portez à vos païens, portez à vos idoles. Le sucre empoisonné que sèment vos paroles. Un Chrétien ne craint rien, ne dissimule rien; Aux yeux de tout le monde il est toujours chrétien.

FÉLIX

Ce zèle de ta foi ne sert qu'à te séduire,

Si lu cours à la mort plutôt que de m'inslruire.

■ Cet artifice est de mauvaiu grâce, comme le dit très-bien Polyeucte. Bouou, dans son Samt-Genét, fait parler ainsi Marcel, qui veut persuader s flenêi de ne pas renoncer à la religion de ses pores :

0 ridicule erreur de vanter la puissance

T)'un Dieu qui donne aux siens la mort pour récompeiue,

D'un imposteur, d'un fourbe et d'un cncilicl

Qui l'a mis dans le ciel? qui l'a dcilié ?

Un ramas d'ignorants et d'hommes inutiles,

De malheureux, la lie et l'opprobre des villes,

De femmes et d'enfants, dont la crédulité

S'est forgée à plaisir une divinité ;

De gens qui, dépourvus des biens de la fortune,

Trouvant dans leur malheur la lumière importune,

Sous le nom de Chrétiens s'exposent au trépas.

Et méprisent des biens qu'ils ne possèdcut pa».

On oe fi* aucune difficulté de réciter ces vers convenables à an ^ïes. Ce raiiors «on ; aisément réfutées par Genêt :

Si oepnser vos dieux c'est leur être rebelle, Croyei qu'avec raison je leur suis infidèle... Vous verrez ti ces dieux de mêlai et de pierre Seront puissants au ciel comme on les croit en terre. Alors les sectateurs de ce crucifié Vous diront si sans cause ils l'ont déifié, etc.

Vue telle scène entre Poiycacte et Fêlii. écrite avec force, aurait ceruiae* Mat fait un très-^rand iùn. (Voltaire.}

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