SCÈNE IV. - FÉLIX, ALBIN
FÉLIX
Je me fais Tiolence, Albin, mais je l'ai dû ;
>Ln bonté naturelle aisément m'eût perdu.
ijuo la rage du peuple à présent se déploie,
Que Sévère en fureur tonne, éclate, foudroie,
M'étant fait cet effort, j'ai fait ma sûreté.
Mais n'es-tu point surpris de cette dureté?
Vois-tu comme le sien des cœurs impénétrables,
Ou des impiétés à ce point exécrables?
Du moins j'ai satisfait mou esprit affligé :
Pour amollir son cœur je n'ai rien négligé;
J'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes
Et certes, sans 1 horreur de ses derniers blasjihi nie»,
Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi,
J'aurois eu de la peine a triompher de moi.
ALDIN.
Vous maudirez peut-être un jour cette victoire, Qui tient je ne sais quoi d'um action trop noire, Indigne de Félix, indigne d'u.i Romain, Répandant votre sang par voire propre ibam.
FELIX
Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie;
Mais leur gloire en a crû, loin d'en être affoiblie;
£t quand nos vieux héros avoieot de mauvais saof,
Ils eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc.
ALBIN
Votre ardeur vous séduit ; mais, quoi qu'elle vous di Quand vous la sentirez une i'ois refroidie, Quand vous verrez Pauline, et que son désespoir Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir...
Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traître,
Et que ce désespoir qu'elle fera paroître
De mes commandements pourra troubler l'effet :
Va donc, cours y mettre ordre, et voir ce qu'elle fait;
Romps ce que ses douleurs y donneroieut d'obstacle.
Tire-la, si tu peux, de ce triste spectacle ;
Tâche à la consoler. Va donc; qui te retient?
ALBIN
U n'en est pas besoin, seigneur, elle revient.