‹ uvres des deux CorneilleChapitre 221 sur 433 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Si je voulois faire ici ce que j'ai Tait eu mes (lornicrs oa- ▼rages, et te donner le texte ou l'abrégé des .luteurs dont cette histoire est tirée, afin que tu pusses remarquer en quoi je m'en serois écarté pour raccommoder au théâtre, je fcrois un avant propos div fois plus long que mon poëinc, et jaurois à rapporter des livres entiers de presque tous ceux qui ont écrit Vllisloire romaine. Je me contenterai de t'averlir que celui dont je me suis le plus servi a été le poète Lucain \ dont la lecture m'a rendu si amoureux de la force de ses pensées et de la majesté de sou iTiisounement, qu'afin d'cix enrichir notre lauq^ue j'ai f;iit cet ellort pour réduire en poëme dramatique ce qu'il a traité en épique. Tu trouveras ici cent ou deux cents vers traduite ou iuiités de lui, que tu reconnoîtras aux mêmes marques que tu as déjà reconnu ce que j'ai emprunté de D. Guillem de Castro dans (e Cid'. J'ai tâché de suivre ce grand homme dans le reste, et de prendre son caractère quand son exemple m'a manqué : si je suis demeuré bien loin derrière, tu en Jugeras. Cependant j'ai cru ne te déplaire pas de te donner ici trois passages qui ne viennent pas mal à mon sujet. Le premier est une épitaphe de Pompée, protoncée par Caton dans Lucaiu. Les deux autres sont deux peintures de Pompée et de César, tirées de Velleius Paterculus. Je les laisse en latin, de peur que ma traduction u'ôte trop de leur grâce et de leur force. Les damea •e les feront expliquer.

' Cet enlhooeiusme de Coroeillc pour Lucain datait de ta premit-ro jeunesse , il itail remporté un prix au collôge, pour avoir traduit en vers français quelque* patsagei de cet auteur, et ce fut toujours pour lui l'un des souvenirs les plus clicrs de sa vie littéraire. Cette pp'dilccli'in lui fut iouvent reprocbée , et Buileao j {ait allusioo dau cet vert de VArt poétique :

Tel excelle à rimer qui juge sottement ;

Tel t'est Tait par ses vers distinguer dans la ville,

Qui jamais de Lucain n'a distingué Virgile.

Duct, tout eu s'étonnaDl de ce qu'il regardait comme un manque de goût, txcus<- cependant celte pnférence < dans un poëte de tliéàtre qui, chcrcliant i plaire au peuple, et t'i'tant fait un loD^ usage de tourner ses pensées ilc ce côté-là, y a*ait aussi formé son g"ût, cl n'était plut touche que de ce qui tiMicha Ve plus le vulgaire, de ces fiïures brillantes et de ces expressions relevées. >

* Les vers imilct de Lucain toot marqués d'un atlériMiue.

522 ËPITAIMIE ET POnTKAlT DE POMPEE^ EPITAPHIUM POMPfill MAGNL

Civis obit, mquit, multum majoribus iinp.if Nosse moduin .juris, sod in hoc tamcn utilis .bvo^ Cui non uUa fuit jusli lovcrentia : salva Libertate potens, et soins plèbe parata Privatus servire sibi. roctorque seiiatùs^ Sed regnantis, crat. Nil belli jure poposcit . Quaeque dari voluit, voluit sibi posse ne^ari Immodicas posscdit opes, sed pliira retentis Intulit : invasit ferrum; sed ponere norat. Praelulit arma togaî; sed pacem armatus airuivit, Juvit sumpta ducein, juvit dimissa polcstas. Casta domus. luxuque careiis, corruptaciue nuii; Fortuna domini. Ciarum et venerabilc noaien Gentibus, et multum nostrae quod proderat urhi Oiim vera fidcs, Sylla Marioque recepfis, Libertatis obit : Pompeio rébus adempto, Nunc et ficta périt. Non jam regnare pudcbit : Nec color imperii, nec frons erit uUa seuatiis. 0 felix, cui summa dies fuit obvia victo. Et cui quaerendos Pharium scelus obtulit ensesl Forsitan in soceri potuisset vivere regno. Scire mori, sors prima viris, sed proxima, cogi. Et milii, si fatis aliéna in jura venimus, Da talem, Fortuna, Jubam : non deprecor hosti Servari, dum me ser^et cervice recisa.

(Cato, apud Lumnum, lib. IX, v. 190 et seqq.)

ICON POMPEII MAGNL

Fuit hic genitus matre Lucilia, stirpis senatoriae, forma exceV àens, non ea qua flos commcndatur aetatis, sed dignitate et coo» statitia : quœ in illam conveniens amplitudinem, fortunam qu<v que ejus ad ultimum vifœ comitata est diem : innoientia eximius, sanctitate praecipuus, eloqueutia médius; potentiœ quœ honoris causa ad eum deferretur, non ut ab eo occuparetur, CTipidissimus : dux bello peritissimus : civis in toga (nisi ubi vererefur ne quem baberet parem) modestissimus, amicitiarum tcnax, in ofiensis exorabilis, ia reconcilianda gratia fidelissimuf , in acci-

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