‹ uvres des deux CorneilleChapitre 220 sur 433 · NOTICI': SUU POMPEE · texte numérisé non relu

NOTICI': SUU POMPEE

« Quelques lillératcnrs iMsputeut à ce pocine le nom de tragédie; il ne faut pas disputer sur les mots : si la Mort de Pomj)(?e n'est pas une tran:é<lie, c'est un chef-d'œuvre dramatique qui oITre des scènes supérieures à quelques tragédies fort vantées. Pompée n'y paraît pas, mais il remplit la pièce. C'est la mort de ce grand homme et les suites de cette mort; c'est le succès de Pharsale remis en question; c'est la conduite du vainqueur du monde après la victoire, manent plus critique, peut-être plus décisif que le combat même; c'est, en un mot, le plus important, le plus auguste, le pins grand spectacle que le génie puisse offrir à l'imagination des hommes instruits et sensés.... César aime Cléopàtre comme un grand homme doit aimer, et non pas comme un sot et un fou. Si son amour n'est pas théâtral, sa grandeur d'ime, sa générosité sont vraiment tragiques. Il n'est nullement démontré que pour être tragique, un personnage ait besoin d'être un extravagant et un enragé. Corneille a donné à ses héros cette noble galanterie qui était à la mode du temps de la Fronde....

» La coquetterie de Gléopâtre n'est pas moins consacrée par les monuments historiques que la galanterie de César; Corneille a rendu cette coquetterie théâtrale en lui donnant un grand objet, et en cela il s'est encore rapproché de l'histoire; car Cleopâtre avait l'ambition de ne plaire qu'aux maîtres du monde; elle voulait faire de ses attraits le même usage que les conquérants font de leurs armes : elle enchaîna César, elle asservit Antoine, et se punit par la mort d'avoir manqué la conquête d'Octave. »

Chaque fois que Fompee a paru sur la scène, le public a jugé comme Geoffroy; lors de l'apparition de la pièce, le succès fut si grand, qu'il décida Bréboeuf à traduire la Pharsale; et aujourd'hui , après plus de deux siècles , les mêmes applaudissements «aluent Cornélie. C'est qu'en effet, ce rôle comme celui de Nieoméde, mais dans un genre tout différent, est unique sur notre théâtre, et qu'il unit à une originalité profonde une incomparable grandeur. Les poètes dramatiques intéressent avec dei passions ; Corneille seul, dans ce rôle magnifique, a trouvé l'art d'intéresser avec des regrets.

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