‹ uvres des deux CorneilleChapitre 256 sur 433 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

Tout couvert de «on sang, et plus mort que lui-même,

Après nvoir cent fois maudit le diadème,

Madame, j'ai porté mes pas et mes sanglots

Du côté que le vent poussoit encor les tlots.

Je cours long-temps en vain, mais enfin d'une roche

J'en découvre le tronc vers un sable assez procl)e,

Où la vaj^ue en courroux sembluit prendre plaisir

A feindre de le rendre, et p«ii8 s'en ressaisir.

Je m'y jette, et l'embrasse, et le pousse au rivage;

El, ramassant sous lui le débris d'un naufrage,

Je lui dresse un bûcher à la hâte et sans art.

Tel que je pus sur l'heure, et qu'il plut au hasard.

A p<'ine briïloit-il, que le ciel, plus propice,

M'envoie un compagnon en ce pieux office :

Cordus, un vieux Romain qui demeure en ces lieux,

Hetournant de la ville, y détourne les yeux;

Et n'y voyant qu'un tronc dont la tête est coupëe,

A celte triste marque il reconnoît Pompée.

Soudain la larme à l'œil, « 0 toi, qui que lu sois,

» A qui le ciel permet de si dignes emplois,

• To:i sort est bien, dit-il, autre que tu ue penses;

■ Tu crains des châtiments, attends des récompenses.

• C^'sar est en Egypte, et venge hautement

■ (<Mui pour qui Ion zèle a tant de sentiment.

• Tu peu\ faire éclater les soins qu'on t'en voit prendre > Tu peux Mième à sa veuve en repoitor la cendre.

• Sou vainqueur l'a reçue avec tout le respect

• ^)u un dieu pourroit ici trouver à sou aspect.

• Achève, je reviens. » Il pai l il m'abandonne. Et rapporte aussitôt ce vase qu'il me donne, Où sa main et la mienne enliu oui renfermé Ces restes d'un héros par le feu consumé

CORNÉLIi:.

0 que sa piété mérite de louanges I

3'-^ LA MOIiT DK POMPEE.

l'IIlMl'I'E.

En entrant j'ai (rouvi' des désordres «Mi-aiiffes

Tout un grand peuple armé fuyoit devers le porl.

Où le roi., disoit-on, s'éloit fait le plus fort.

Les Romains ponisuivoient ; et César, dans la place

Ruisselante du sanj; do cette populace,

Montroit de sa justice un exemple assez beau,

Faisant passer l'Iiolin par les maius d'un bourreau.

Aussilôî mu'il me voit, il daigne me connoîlre;

Et prenant de ma main les cendres de mon maître :

« Restes d'un demi-dieu, dont à peine je puis

» Égaler le grand nom, tout vainqueur que j'en suis,

» De vos traîtres, dit-il, voyez punir les crimes :

I) Attendant des autels, recevez ces victimes;

» Bien d'autres vont les suivre. Et toi, cours au palais

» Porter à sa moitié ce don que je lui fais;

» Porte à ses déplaisirs celle foible allégeance,

» Et dis-lui que je cours achever sa vengeance. »

Ce grand homme à ces mots me quitte en soupirant,

Et baise avec respect ce vase qu'il me rend.

CORNÉUE.

0 soupirs ! ô respect! ô qu'il est doux de plaindre Le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre! Qu'avec chaleur, Philippe, on court à le venger Lorsqu'on s'y voit forcé par son proj^ie danger, Et quand cet inlérét qu'on prend pour sa mémoire Fait notre sûreté comme il croit notre gloire » ' César est généreux, j'en veux être d'accord; Mais le roi le veut perdre, et son rival est mort. Sa vertu laisse lieu de douter à l'envie De ce qu'elle feroit s'il le voyoit en vie : Pour grand qu'en soit le prix, son péril en rabat; Cette ombre qui la couvre en affoiblit l'éclat : L'amour même s'y mêle, et le force à coiubatlre; Quand il venge Pompée, il défend Cléopàire.

* fiarnier avait donné les mêmes sentiments à Coruelie , Pbijppe lui d4 1 C^sar plora sa mon Ctrnelie répond :

Il plora mort celui Qu'il n'e'U voilu soulVrir cire vif comme lui.

(Toltaire.)

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