‹ uvres des deux CorneilleChapitre 282 sur 433 · SCÈNE II. ^ CLARICE, ISABELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. ^ CLARICE, ISABELLE

ISABELLE

AiDâi VOUS le verrez, el sans vous eng;'ger

Mais pour le voir ainsi qu'en pourraî-je juger?

J'en verrai le dehors, la mine, l'apparence;

Mais du reste, Isabelle, où prendre l'assurance?

Le dedans paroit mal en ces miroirs flatteurs,

Les visages souvent sont de deux imposteurs.

Que de défauts d'esprit se couvrent de leurs grâces!

Et que de beaux semblants cachent des âmes basse»!

Les yeux en ce grand choix ont la première part;

Mais leur déférer tout, c'est tout mettre au hasard :

Qui veut vivre en repos ne doit pas leur déplaire;

Mais, sans leur obéir, il les doit satisfaire,

Eu cro.re leur refus, et non pas leur aveu,

Et sur d'autres conseils laisser naître son feu.

Cette chaîne, qui dure autant que notre vie,

El qui devroil donner plus de peur que d'envie.

Si l'on n'y prend bien gaide, attache assez souvent

Le contraire au contraire, et le mort au vivant :

Et pour moi, puisqu'il faut qu'elle me donne uu uialtra.

Avant que l'accepter je voudrois le connoilre,

kUis oonnoitre dans l'àme.

ISAnELLE.

Eh bien ! quUl parle à vous.

CURICE.

Âioppe le sachant en devieudroit jaloux.

ISABtXLE.

Qu'importe qu'il le soit, si vous avez Dorante?

CLARICE

Sa perle ne m'est pas encore indifférente; El l'accord de l'hymen entre nous concerté. Si son jjére vcnoit, seroil exécuté.

Depuis plus do Ueui ans il pruiuel et diiïére;

Ài(i LE MKNTEUK

T.Tiilôl c'ost maladie, cl taiitùl quoique afhiire;

Le chemin est mal sûr, ou les jours sont l'op courU;

Et le bonhomme enfin ne peut sortir de T( iirs.

Je prends tous ces déhiis pour une résistance.

Et ne suis pas d'hinnenr à mourir de constance

Ci)aque moment d'atlonte ôte de notre prix,

Et fille qui vieilht tombe dans le mépris :

C'est un nom glorieux qui se garde avec honle;

Sa détaiie est fâcheuse à moins que d'être prompte :

Le temps n'est pas un dieu qu'elle puisse braver.

Et son honneur se perd à le trop couseiver.

ISABIiLLi;.

Ainsi vous quitteriez Alcippe pour un autre,

De qui l'humeur auroit de quoi plaire à la vôtre*?

CLARICE

Jiii, je le quitterois; mais pour ce changement

il me faudioit en main avoir un autre amant,

Savoir qu'il me fût propre, et que son hyménée

Vnd l)ieutôt à la sienne unir ma destinée.

Mon humeur sans cela ne s'y résout pas bien,

Car Âicippe, après tout, vaut toujours mieux que riettj

Son père peut venir, quelque long-temps qu'il tarde.

ISABELLE

Pour en venir à bout sans que rien s'y hasarde, Lucrèce est votre amie, et peut beaucoup pour vout^ Elle n'a point d'amant qui devienne jaloux : Qu'elle écrive à Dorante, et lui fasse paroître Qu'elle veut cette nuit le voir par sa fenêtre. Comme il est jeune encore, on l'y verra voler; Et là, sous ce faux nom, vous pourrez lui parles Sans qu'Alcippe jamais en découvre l'adresse, Ni que lui-même pense à d'autre qu'à Lucrèce.

CLARICE

L'invention est belle; et Lucrèce aisément

Se résoudra pour moi d'écrire un compliment :

J'admire ton adresse à trouver cette ruse.

ISABELLE

Puis-je vous dire encor que, si je ne m'abuse^ Tantôt cet inconnu ne vous déplaisoit pas?

■ TaK. DiDt -vous veiriei rkumeur rapportaote ft la vôtre

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