SCÈNE I. — DORANTE, ALCIPPE, PHILISTB
PHIUSTE.
Oui, VOUS faisiez tous deux en hommes de courage. Et n'aviez l'un ni l'autre aucun désavantage. Je rends grâces au ciel de oc qu'il a permis Que je sois survenu pour vous refaire amis, Et que, la chose égale, ainsi je vous sépare ; Mon heur en est extrême, et l'aventure rare.
L'aventure est encor bien plus rare pour moi, Qui lui faisois raison sans avoir su de quoi. Mais, Alcippe, à présent tirez-moi hois de peine. Quel sujet aviez-vous de colère ou de haine? Quelque mauvais rapport m'auroit-il pu noircir? Dites, que devant lui je vous puisse éclaircir.
ALCIPPE
Vous le savez assez.
DORANTE
Plus je me considère.
Moins je découvre en moi ce qui peut vous déplaire.
ALCIPPE
Eh bien! puisqu'il vous faut parler plus clairement. Depuis plus de deux ans j'aime secrètement; Mon affaire est d'accord, et la chose vaut faite : Mais pour quelque raison nous la tenons secrète. Cependant à l'objet qui me tient sous sa loi, Et qui sans me trahir ne peut être qu'à moi. Vous avez donné bal, collation, musique; Et vous n'ignorez pas combien cela me pique, Puisque, pour me jouer un si sensible tour. Vous m'avez à dessein caché votre retour, Et n'avez aujourd'hui quitté votre embuscade Qu'afin de m'en conter l'histoire par bravade. Ce procédé m'étonne, et j'ai lieu de penser Que vous n'avez rien fait qu'afin de m'offeuser.
AC'IK m, SClùNE II. 425
DOUAME.
Si TOUS pouviez ciicor ilouloi de iiioii coiirapo, Je ne V(>us.glK■^irois ni d'erivur ui d'oiiibiage, Et nous auus reverriuus, si nous étions rivaux i Mais comme vous savez tous deux ce que je vaux, t>oulez en deux mots l'hisloiie démèlw : Celle que celte nuit sur l'eau j'ai régalée N'a pu vous donner lieu de deveuir jaloux, Car elle est inarice, et ne peut être à vous; Depuis peu pour affaire elle est ici venue, Et je ne |>ense pas quelle vous soit connue.
Ai.r.ii'PE.
Je suis ravi, Doraute, eu celle occasiou, De voir sitôt fînir notre division.
DORANTE
Alcippe, une autre fois donnez moins de croyance Aux premiers niouvemeuts de voire déliance; Jusqu'à mirux savoir tout sachez vous retenir, tt ue commencez plus par où l'on doit fiuir. Adieu i je suis à vous