‹ uvres des deux CorneilleChapitre 293 sur 433 · SCÈNE II. — ALCIPPE, PHILISTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — ALCIPPE, PHILISTE

PHILISTE

Ce co'ur encor soupire?

ALCIPPE

Héla»! je sors d'un mal pour tomber dans un pir».

Celte collation, qui l'aura pu donner?

A qui puis-je m'en prendre? et que m'imaginer?

PniMSTE.

Que l'ardeur de Clarice est égaie à vos llammes. Cette galanlerie étoil pour d'autres dames. L'erreur de votre pa^;e a causé votre ennui; S'étanl trompé lui-même, il vous trompe après loL J'ai tout su de lui-même, et des gens <le Lucrèce. Il avoil \u chez elle entrer votre maîtresse; Mais il n'avoit nas su qn'llippolyte et Daphné, Ce jour-là par asani, chez elle avoient dîné. Il les en voit sortir, mais à coiffe uhallue*,

• TaK. Ci'inme il eo voit (orlir ret tlciix b<'auU^ masquée*, Suu 1«* avoir an Dex de plut prct i iMnarquë<>«,

El sans les approcher il suit de rue en rue; Aux couleurs, au carrosse, il ne doute de rien; Tout étoit à Lucrèce, et le dupe si bien, Que, prenant ces beautés pour Lucrèce et Clarice» Il rend à votre amour un très mauvais s( rvice. Il les voit donc aller jusques au bord de l'eau. Descendre de carrosse, entrer dans un bateau; II voit porter des plats, entend quelque nuisique, A ce que l'on m'a dit, assez mélancolique. Mais cessez d'en avoir l'esprit inquiété, Car enfin le carrosse avoit été prêté : L'avis se trouve faux; et ces deux autres belle» ÂToient en plein repos passé la nuit chez elles.

ALCIPPE

Quel malheur est le mien ! Ainsi donc sans sujet J'ai fait ce grand vacarme à ce charmant objet!

PniLISTE.

Je ferai votre paix. Mais sachez autre chose. Celui qui de ce trouble est la seconde cause, Dorante, qui tantôt nous en a tant conté De son festin supef be et sur l'heure apprêté, Lui qui, depuis un mois nous cachant sa venue, La nuit, incognilo, visite une inconnue, n vint hier de Poitiers, et, sans faire aucun bruit, Chez lui paisiblement a dormi toute nuit *,

ALUPPE.

Qnoi! sa collation ?

PHILISTE

N'est rien qu'un pur mensonge; On bien, s'il l'a donnée, il l'a donnée en songe.

Dorante en ce combat si peu prémédité M'a fait voir trop de cœur pour tant de lâcheté. La valeur n'apprend point la fourbe en son écolo; Tout homme de co^urage est hstnme de parole; A des vices si bas il ne peut consentir,

Voyant que le carrosse, et cnevaux el cocher, Étoient ceux de Lucrèce, il su<<t. sans s'approcbOT; Et les prenanl aussi pour...

* TmM niftf, an l'«u de tvute la nitti

ACTi: m, sci:.\i: m.

El fuil plus que la morl la houle do mentir Cela ii'ost poinl.

PIIILISTE.

Dorante, à ce que je présuuu Est vaillant par nature, et meilleur par coutu Ayez sur ce sujet moins d'inirétluiilé, El vous-même admirez notre simplicilc.

A nous laiss(<r duper nous sonunis bien no\irfv Une collation servie à six services, Quatre concerts entiers, tant de plais, tant de feui Tout cela cependant prêt in une heure ou Ac\ix, Conmie si l'appareil d'une telle cuisine Fût desce::du du ciel dedans quelque machine. Quiconque le peut croiie ainsi que vous et moi. S'il a manque de sens, n'a pas manque de foi. Pour moi, je voyois bien que toul ce badinagv Réponduit assez mal aux remarques du page ; Mais Touf?

ALCIPrE.

La jalousie a\eu^le un cœur atleii.l, Et, sans examinei-, croit toul ce qu'elle craint Uais laÏMous là Dorante a\ecque sou audace ; Allons trouver Clarice, et lui demander grâci- ; Elle pouvoit tantôt m'cute.idre sans ruu;;ir.

PIUUSTE.

Attendez à demain, et me laissez agir; Je veux par ce récit vous préparer la voie. Dissiper sa colère, et lui rendre sa joie. Ne vous exposez point, pour {jayuei un mon: Aux premières chaleurs de sou ressoiilinjen?

ALCIPPE

Si du jour qui s'enfuit la lumière est (idèln, Je pense l'entrevoir a\cc son Isabelle.

Je saivrai tes conseils, cl fuirai son courroav Juiqu'À ce qu'elle ait ri de m'avoir vu jaloui.

SC:s.%£ la. — CLABICE, rSABkLL-

CURICE.

babelle, il est t.'mps, allons trouver Lucr^'ct.

18ABELIB-

Il u'est pas enoor tard, ol rien ne vous en presse. Vous avez un pouvoir bien grand sur son l'sprit; A peine ai-je parlé qu'elle a sur l'heure écrit.

CLARICE

Clarice à la servir ne seroit pas moins prompte. Mais dis, par sa foiiêlre as-tu bien vu Géronle? Et sais-tu que ce fils qu'il m'avoit tant vanté Est ce même inconnu qui m'en a tant conlé?

ISABELLE

A Lucrèce avec moi je l'ai fait reconnoître; Et sitôt que Géronte a voulu disparoître, Le voyant resté seul avec un vieux valet, Sabine à nos yeux même a rendu le billet. VouB parlerez à lui.

CLAIUCE.

Qu'il est fourbe, Isabelle!

ISABELLE

Eh bien! celte pratique est-elle si nouvelle?

Dorante est-il le seul qui, de jeune écolier,

Pour être mieux reçu s'érige en cavalier?

Que j'en sais comme lui qui parlent d'Allemagne,

Et, si l'on veut les croire, ont vu chaque campagne.

Sur chaque occasion tranchent des entendus,

Content quelque défaite, et des chevaux perdus;

Qui, dans une gazette apprenant ce langage.

S'ils sortent de Paris, ne vont qu'à leur village,

Et se donnent ici pour témoins approuvés

De tous ces grands combats qu'ils ont lus ou rêvé».

U aura cru sans doute, ou Je suis fort trompée.

Que les (illes de cœur aiment les gens d'épéo ;

Et, vous prenant pour telle, il a jugé soudain

Qu'une plume au chapeau vous plaît mieux qu'à la ina^n.

Ainsi donc, pour vous plaire, il a voulu pai oître,

Non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il veut être.

Et s'est osé promettre un traitement plus doux

Dans la condition Qu'il veut prendre pour voug.

clâkice.

En matière de fourbe il est maître, il y pipe; Après m'avoir dupée, il dupe encore Alcippe. Ce ntal^heureux jaloux s'est blessé le cerveau

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