‹ uvres des deux CorneilleChapitre 30 sur 433 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Sais-tu que c'est son sang? le sais-tu?

LE COMTE

Que m'importe?

D. UODIUGI'E.

A quatre pas d'ici je te le fais savoir.

LE COMTE

Jeune présoinplucus.

D. RODRIGUE

Parle sans l'émouvoir.

Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien née* La valeur n'attend pas le nombre des années.

LE COMTE

Te mesurer à moi! qui l'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main?

O. RODRIGUE

Mes pareils à deux fois ne se font pas connoîlre,

El pour leurs coups d'essai veulent des coups de maitre,

LE COMTE

Sais-tu bien qui je suis ?

D. RODRIGUE

Oui ; tout autre que moi Au seul bruit de ton nom pounoil trembler d'effroi. Les palmes dont je vois ta tète si couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte. J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur; Mais j'aurai trop de force ayant assez de cœur. A qui venge sou père il n'est rien d'impossible. Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

LE COMTE

Ce grand cœur qui paroil au discours que lu tiens Par tes yeux chaque jour se découvroit aux miens; Et croyant voir en toi l'honneur de la Castille, Mon âme avec plaisir le deslinoit ma fille. le sais ta passion, et suis ravi de voir Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir; Qu'ils n'ont point affoibli cette ardeur magnanime; Que ta haute vertu répond à mon estime ; Et que, voulant pour ijcndre un cavalier parfait, le ne me trom|)ois point au choix (|ue j'avois fait. Hais je sens que |)Our toi ma pitié s'intéresse ■ i'admirc ton courage, et je plains ta jeunesse

Ne cherche poiiil à faire un coup d'essai fatal;

Dispense ma valeur d'un coinbal inéf;al ;

Trop peu d'honneur pour moi suivroit celle viclorf

A vaincre sans péril, on triomphe sans (i;loire.

On te croiroit toujours abattu sans effort ;

Et j'aurois seulement le regret de ta mort.

D. RODRIGUE

D'une indigne pitié ton audace est suivie :

Qui m'ose ôter l'honneur craint de m'ôter la rie!

LE COMTE

Retire-toi d'ici.

D. RODRIGUE

Marchons sans discourir.

LE COMTE

Es-tu si las de vivre?

D. RODRIGUE

As-tu peur de mourir?

LE COMTE

Viens, lu fais ton devoir, et le fils dégénère, Qui survit un moment à l'honneur de son père.

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