SCÈNE TI. - CLARICE, LUCRÈCE , DORANTE, SABINE, CLITON
CLARICE, bas i Lucrèce.
D peut te dire vrai, mais ce n'e«t pas son vice. Gomme tu le conuois, ne précipite rien.
DORANTE, i Clarice.
Beauté qui pouvez seule et mon mal et mon bien...
CLARICE, bas à Lucrèce.
Ou diroit qu'il m'en veut, et c'est moi qu'il regarde.
Lt CRr.CE, bas à Clarice.
( uciques regards sur toi sont tombés par mégarde. Voyons s'il continue.
DORANTE, à Claricc.
Ah ! que loin de vos yeux Les moments à mon cœur doviennent ennuyeux! Et que je reconnois par mon expérience Quel supplice aux amants est une- heure d'absence!
CLARICE, bas & Lucrèce.
D continue encor.
LUCRÈCE, lias à Clarice.
Mais vois ce qu'il m'écrit.
CLARICE, bai i Lacrtee.
écodtc
m LE MENTEUR.
LUCRKCU, lias à Clarice.
Tu prends pour toi ce qu'il rne dit.
OLAKICE, bas a Lucrèce, (liant.)
Éelaircisscas-a3us-en. Vous m'aimez donc, Dorante?
DOnANTE, à Clarice.
Hélas! que cette amour vous est indifférente! Depuis que vos regards m'ont mis sous votre loi,..
CLARICE, bas à Lucrèce.
Crois-tu que le discours s'adresse encore à toi?
LUCRÈCE, bas à Clarice.
Je ne sais où j'en suis.
CLARICE, bas à Lncrèc«.
Oyons la fourbe entière.
LUCRÈCE, bas à Glance.
Vu ce que nous savons, elle est un peu grossière.
CLARICE, bas à Lucrèce.
C'est ainsi qu'il partage entre nous son amour; Il te flatte de nuit, et m'en conte de jour
DORANTE, à Clarice,
Vous consultez ensemble! Ah ! quoi qu'elle vous die, Sur de meilleurs conseils disposez de ma vie; Le sien auprès de vous me seroit, trop fatal; Elle a quelque sujet de me vouloir du mal.
LUCRÈCE, en elle-même.
Ah! je n'en ai que trop, et si je ne me venge...
CLARICE, à Dorante.
Ce qu'elle me disoit est de vrai fort étrange.
DORANTE
Cest quelque invention de son esprit jaloux.
CLARICE
le le crois : mais enfin me reconnoissez-vous?
DORANTE
Sfi je vous reconnois ? quittez ces railleries. Vous que j'entretins hier dedans les Tuilerie», Que je fis aussitôt maîtresse de mon sort.
CLARICE
Si je veux toutefois en croiie son rapport, Poilr une autre déjà votre âme inquiétée*.,,
* Tak. Votre ime du depuis ailleurs s'est eagagé*.
ACTi: V, SCÈNE VI. 465
nORANTl'..
Pour une autre iléjà je vous aurois quittée? Que plutôt à vos pieds mon cœur sacrifié...
CLARICE
Bien plus, si je la crois, vous êtes marié.
DORANTi:.
Vous me jouez, madame; et, sans doute pour rirt, Vous prenez du plaisir à m'enlendre redire Qu'à dessein de mourir en des liens si doux Je me fais marié pour toute autre que vous.
CLARICE
Mais avant qu'avec moi le nœud d'hymen vous lie. Vous serez marié, si l'on veut, en Turquie.
DORANTE
Avant qu'avec toute autre on me puisse engager, Je serai marié, si Ton veut, en Alger.
CLARICE
Uais enfin vous n'avez que mépris pour Clarice.
DORAME.
Mais enfin vous savez le nœud de l'ami^ce, Et que pour être a vous je fais ce que je pu.is.
CLARÏCE.
Je ne sais plus moi-même, à mon tour, où j'en sqmV Lucrèce, écoute un mot.
DORANTE, à Cliton.
Lucrèce! que dit-elle?
CLITON, bas, à Dorante.
Vous en tenez, monsieur : Lucrèce est la plus belle; Mais laquelle des deux? J'en ai le mieux ju^é, Et vous auriez perdu si vous aviez gagé.
DORANTE, bas à ClitoD.
Cette nuit à la voix j'ai cru la reconnoitre.
CLITON, bas à Dorinle.
Clarice, sous son nom, parloit à sa fenêtre; Sabine m'en a fait un secret entretien.
DORANTE, bas à Clitoo.
Bonne bouche! j'en tiens : mais l'autre la vaut biea^ F.t, comme dès tantôt je la trnuvois bien faite, Mou cœur déjà penchoit où mon erreur le jette.
Tas. Hoi-mèmes à aoi toar j* oe sait où j'ea law.
464 LE MKNT1']UH.
No n*2 découvre point; et dans ce nouveau feu Tu me vas voir, Clilon, jouor un nouveau jeu. Sans changer de discours, changeons de batterie.
LDCKi:(.E, bas à CUnce.
Voyons le dernier point de son cffioulcrie. Quand tu lui diras tout, il sera kion surpris.
CLAHICE, à D}rante.
Comme elle est mon amie, elle m'a tout appris. Celte nuit vous l'aimiez, et m'avez méprisée. Laquelle de nous <Ieux avez-vous abusée ? Vous lui parliez d'amour en termes assez doux,
DOBANTE.
Moi! depuis mou retour je n'ai parlé qu'à vous.
CLAUICE.
Vous n'avez point parlé celte nuit à Lucrèce ?
DORANTE
Vous n'avez point voulu me faire un tour d'adresse? Et je ne vous ai point reconnue à la voix?
Nous diroit-il bien vrai pour la première fois?
DOUANTE.
Pour me venger de vous j'eus assez de malice Pour vous laisser jouir d'un si lourd artifice. Et, vous laissant passer pour ce que vous vouliez, Je vous en donnai plus que vous ne m'en donniez. Je vous embarrassai, n'en faites point la fine. Choisissez un peu mieux vos dupes à la mine : Vous pensiez me jouer ; et moi je vous jouois, Hais par de faux mépris que je désavouois : Car enBa je vous aime, et je hais de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous avoir servie.
CLARICE
Pourquoi, si vous m'aimez, feindre un hymen en l'aiPj Quand un père pour vous est venu me parler ? Quel fruit de cette fourbe osez-vous vous promettre ?
LUCRÈCE, à Doraute.
Pourquoi, si vous l'aimez, m'écrire celle lettre?
DORANTE, à Lucrèce.
J'aime de ce courroux les priuopes cachés.
Je ne vous déplais pas, puisque vous vous fâchez.
Hais j'ai moi-même enfin assez joué d'adresse ^
ACTi: V. se KM-: VI. 465
fl faul vous dire vrai, jo n'ahiio que Lucrèce. Cl.VUirr, à Lmroce.
Esl-il un plus grand fuurhe? el peux-lu l'écouter?
DOUAMI-, à Lucrèce.
Quand vous m'aurez ouï, vous n'en pourrez douter. Sous votre nom, Lucrèce, el |)ar voire feuclre, Clarice m'a fait pièce, et je l'ai su counoîlre; Comme en y consentant, vous m'avez affligé, Je vous ai mise en peine, el je m'en suis vengé.
LDCRÎXE.
Mais que disiez-vous hier dedans les Tuileries?
DORAME.
Clarice fut l'objet de mes galanteries...
CLARICE, bas à Lucrèce.
Veux-tu longtemps encore écouter ce moqueur'
DORAME, à Lucrèce.
Elle avoit mis discours, mais vous aviez mon cœur. Où vos yeux faisoient naître un feu que j'ai fait taire. Jusqu'à ce que ma llamme ait eu l'aveu d'un père • ' iomme tout ce discours n'éioit que fiction, Je cachois mon retour et ma condition.
CLARICE, bas à Lucrèce.
Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il entasse, tt ne fait que jfHier des tours de passe-passe.
DORANTE, à Lucrèce.
Vous seule êtes l'objet dont mon cœur est charmé.
LCCRÈCE, à Dorante.
C'est ce que les effets m'ont fort mal coD6rmé.
DORANTE
Si mon père à présent porte parole au vôtre,
Après son témoignage, en voudrez-vous quelque autrt)
Ll'CRÈCE.
Après son témoignage, il faudra consulter
Si nous aurons encor quelque lieu d'en douter.
DORANTE, à Lucrèce.
(Ju'à de telles clartés votre erreur se dissipe.
(à Clarice.)
Ll VOUS, belle Clarice, aimez toujours Alcippe; Sans l'Iiymen de Poitiers il ne leuoit plus rieu; Je ue lui ferai pas ce mauvais euti'eUea ;
466 LE mi:nti:ur.
Mais entre fous et moi vous savez le mystère. Le voici qui s'avance, et j'aperçois mon père.
«CÈNE VIL — GÉRONTE, DORANTE, AI.r.îT'PE, CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE, SABINE, CLITON.
ALCIPPE, sortant de chez Clarice, et parlant à elle.
Nos parents sont d'accord, et vous êtes à moi
GÉRONTE, sorUnt de chez Lucrèce, et parlant à elU
Votre père à Dorante engage votre foi.
ALCIPPE, à Clance.
Un mot de votre main, l'affaire est terminé®.
GÉRONTE, à Lucrèce.
Un mot de votre bouche achève l'hyménée.
DORANTE, à Lucrèce.
Ne soyez pas rebelle à seconder mes vœux.
Êtes-vous aujourd'hui muettes toutes deux?
CLARICE
Mon père a sur mes vœux une entière puissance.
LUCRÈCE
Le devoir d'une fille est dans l'obéissance •.
GÉKONTE, à Lucrèce. ^
Venez donc recevoir ce doux commandement.
ALCIPPE, à Clance.
Venez donc ajouter ce doux consentement.
(Alcippe rentre chez Clarice avec elle et Isabelle, et le reite reotN chez Lucrèce.)
SABINE, à Dorante, comme il rentre.
Si vous vous mariez, il ne pleuvra plus guères.
DORANTE
Je changerai pour toi cette pluie en rivières.
SABINE
Vous n'aurez pas loisir seulement d'y penser.
Mon métier ne vaut rien quand on s'en peut passer.
' Corneille a place ce vert et le suivant dans la tragédie d'tforoca.
ACTK V, sctwE VII.
CLITON, tenl.
Comme on sa propre Tourbe uu menteur s'embarrasse! Peu sauroiont comme lui s'en tirer avec prâce.
Vous autres qui doutiez s'il en pourroit sortir, Par uu si rare exemple apprenez à mentir *.
' Lei deux ven qm tennioent la pièce et que Voltaire regarde lealemen comme une plaitanterie de Talet un peu dëplacce, semblent plutôt avoir et* mit la, teloD l'uuge du temps, comme uoe sorte d'épilogue dont le but était ea quelque sorte de faire ressortir l'art avec lequel l'auteur avait su tirer parti da wa sujet. II était rare que le «eos de ces vers d'épilogue ne (&t pis trè^i ■atal, parce qae les pièces l'étaient d'ordiiitire baancoup. {luid.)
ÏIN DU MENTEUR.