‹ uvres des deux CorneilleChapitre 325 sur 433 · EXAMEN DU MENTEUR · texte numérisé non relu

EXAMEN DU MENTEUR

Cette pièce est en partie traduite, en partie imitée de Teapt» giiol. Le sujet m'en semble si spirituel et si bien tourné, qua j'ai dit souvent que je \oudrois avoir donné les deux plus belles que j'aie faites, et qu'il fût de mon invention. On l'a attribué au fameux Lope de Vcga; mais il m'est tombé depuis peu entre les mains un volume de don Juan d'AIarcon, où il prétend que cette comédie est à lui, et se plaint des imprimeurs qui l'ont fait courir sous le nom d'un autre. Si c'est son bien, je n'empêche pas qu'il ne s'en ressaisisse. De quelque main que parte cette comédie, il est constant qu'elle est très-ingénieuse; et je n'ai rien vu dans celte langue qui m'ait satisfait davantage. J'ai Ikhé de la réduire à notre usage et dans nos règles; mais il m'a fallu forcer mon aversion pour les à ■parte, dont je n'aurois pu la purger sans lui faire perdre une bonne partie de ses beautés. Je les ai faits les plus courts que j ai pu, ei je me les suis permis rarement, sans laisser deux cicteur» ensemble qui s'entretiennent tout bas cependant que d'autres disent ce que ceux-là ne doivent pas écouter. Celte duplicité d'action particulière ne rompt point l'unité de la principale ; mais elle gêne un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'attacher, et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de donner à une. L'unité de lieu s'y trouve, en ce que tout s'y passe dans Paris; mais le premier acte est dans les Tuileries, et le reste à ia Place-Royale. Celle de jour n'y est pas for;ée, pourvu qu'on lui laisse les vingt-quatre heures entières. Qutnt à celle d'action, je ne sais s'il n'y a point quelque chose à dire, en ce que Dorante aime Clarice dans toute la pièce, et épouse Lucrèce à la fm, qui par là ne répond pas à la protase. L'auteur espagnol lui "^onne ainsi le change pour punition de ses nienteries, et le ré-

jjt à épouser par force cette Lucrèce qu'il n'aime point. Comme »/se méprend toujours au nom, et croit que Clarice porte celui-là, 1 lui présente la main quand on lui a accordé l'autre, et dit lautement, lorsqu'on l'avertit de son erreur, que, s'il s'est trompé lu nom, il ne se trompe point à la persoime. Sur quoi, le père de Lucrèce le menace de le tuer s'il n'épouse sa fdie après l'avoir demandée et obtenue ; et le sien propre lui fait la même menace. Pour moi, j'ai trouvé cette manière de iinir un peu iure, et cru qu'un mariage moins violenté seroit plus au goût

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