‹ uvres des deux CorneilleChapitre 34 sur 433 · ACTE 11, SCtNK V · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCtNK V

Mon repos m'abaculonnc, cl ma flamme revit.

Ce qui va séparer Hodrij^iio de Chiiiiètie

Fail reiiailre à la fois mon espoir et ma peine;

Et leur (iivisiuu, (f le je vois à regret,

Dans mon esprit charmé jet le un plaisir secrel.

Ll'oNOK Celte baille \erlu qui règne dans votre âme Se rend-elle silôt à cette lâche Uammc?

l'infante.

Ne la nomme point lâche, à présent que chez moi, Pompeuse et liiomphante, elle me fail la loi ; Porte-lui du respect, puisqu'elle m'est si chère. Ma vertu la combat, mais, malgré moi, j'espère; Et d'un si fol espoir mon cœur mal défendu Vole après un amant que Chimène a perdu.

Ll';0N0U.

Vous laissez choir ainsi ce glorieux courage? El la raison chez vous perd ainsi son usage?

l'infantf..

Ah! qu'avec peu d'effet on entend la raison, Quand le cœur esl atteint d'un si charmant poison! El lorsque le malade aime sa maladie, Qu'il a pi'ine à souffrir que l'on y remédie!

LÉONOR

Votre espoir vous séduit, votre mal vous est doux; Mais enliu ce Hi drigue est indigne de vous.

l'infâme.

Je ne le sais que trop; mais, si ma vertu cède, Apprends comme l'amour Halte un cœur qu'il possède. Si Hodrigue une fois sort vainqueur du combat, Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat, Je puis en faire cas, Je puis l'aimer sans honte. Que ne fera-t-il point, s il peut vaincre le comte! J'osi' m'imagincr qu'à ses moindres exploils Les royaumes entiers lomberont sous ses lois; Kl mon ainoui' llalleur déjà me persuade Que je le vois assis an tronc de Cîrenatle, Les Maures su!)jugués trembler en l'ailurant, L'.Vragon recevoir ce nouveau conquérant, Le Portugal s<' rendre, et ses nobles journées Porter delà les mers ses b iules destinées ;

Du «aiig des Africains arroser ses lauriers , Enfin, lout ce qu'on dit des plus fanioux {jucrrior». Je l'aKends de Rodrigue après cette vicloiie, Et fais de son amour un sujet de ma gloire.

LÉONOR

Mais, madame, voyez où vous portez son bras, Ensuite d'un combat qui peut-être n'est pas.

l'infantk.

Rodrigue est offensé, le comie a fait l'outrage; Us sont sortis ensemble, en faut-il davantage?

LÉONOR

Eh bien! ils se battront puisque vous le voulez; Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez?

l'infante.»

Que veux-tu? je suis folle, et mon esprit s'égare; Mais c'est le moindre mal que l'amour me prépare* Viens dans mon cabinet consoler mes ennuis; Et ne me quitte point dans le trouble ou je suis.

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