SCÈNE I. - MÉLISSE, LYSE
MÉLISSE
Pen tremble encor de peur, et n'en suis pas rerawe.
Aussi-bien comme vous je pensois être prise.
MÉLISSE
Non, Pbiliste n'est fait que pour m'incommoder. Voyez ce qu'en ces lieux il venoil demander, S'il est heure si tard de faire une visite.
LYSE
Un ami véritable à toute houie s'acquitte;
Mais un amant fâcheux, soit de jour, soit de nuit,
Toujours à contre-temps à nos yeux se pioduit,
El depuis qu'une fois, il commence à déplaire,
Il ne manque jamais d'occasion contraire :
Tant son mauvais destin semble prendre de striot
A mêler sa présence où Ton la veut le moins!
MÉLISSP-.
Qoel désordre eût-ce été, Lyse, s'il m'eût connue!
LYSE
11 vous auroit donné fort avant dans la vue.
MÉLISSE
Quel bruit et quel éclat n'eût point fait son courrouil
LYSE
D eût été peut-être aussi honteux que vous.
ACTF IV, scr:M-: i. 521
Un homme un pou roiiloat ot qui sVn fait accrorrej Se voyant méi)iisé, ralial bien de sa [;Ioiio, El stirpri-; q.iil en l'^l ct\ Icllo orrasioi), Tonto sa vanilé tourne en confusion.
Quand il a de l'espiil, il sait rendie le diange^ Loin de s'en émouvoir en raillant il se \enge, Afferle lies mépris, comme jioui" reprocher Que la perle qu'il fait ne vaut pas s'en fâcher; Tanl qu'il peut, il témoigne une àmc indifférente. '^)iioi qu'il en soil enfin, vous avez vu Dorante, Et fort adroitement je vous ai mise en jeu.
MÉI.ISSE.
Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.
LTSE.
Eh bien ! mais que vous semble encor du personnage^ Vous en ai-ie trop dit?
mi'lisse.
J'en ai vu davantage.
LTSE.
ÀTeï-vous du regret d'avoir trop hasardé?
MÉLISSE
Je n'ai qu'un déplaisir, d'avoir si peu lardé.
LTSE.
Vous l'aimez?
MÉLISSE
Je l'adore.
LYSE
El croyez qu'il vons aime?
Qu'il m'aime, et d'une amour, comme la mienne, extrême.
lys:;.
Une première vue, un mninoMl d'entretien, Vous (ait ainsi tout croire, el ne douter de rien!
MILISSE.
Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre*,
* Cerneille affrclioDoait brauccap cotte pro^ép <or le« •ympalhiet : Doa-tevt <l l'i employée ici et dans RoilO'june, mait il avait déji dit itM% Fltimm tcmuiu' :
Boa^mt je ae Mit qoo , que le ciel D-mt inspire, Soolevc tout le osur coatre ce qu'on di-tire.
Lyse, c'pst un accord bientôt fait que le notre :
Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir,
Sème l'intelliffence avant que de se voir;
Il prépare si bien l'amant et la maîtresse,
Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse.
On s'estime, on se cherche, on s'aime on un moment r
Tout ce qu'on s'entredil persuade aisément;
Et, sans s'inquiéter de mille ])curs frivoles,
La foi semble courir au-devant des paroles;
La langue en peu de mots en explique beaucoup;
Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup;
Et, de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent,
Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent.
LYSE
Si, comme dit Sylvandre, une âme en se formant*, Ou descendant du ciel, prend d'une autre l'aimaal, La sienne a pris le vôtre, et vous a rencontrée.
MÉLISSE
Qooil tu lis les romans?
LTSE.
Je puis bien lire Astréej Je suis de son village, et j'ai de bons garants Qu'elle et son Céladon étoient de mes parents.
MÉLISSE
Quelle preuve en as-tu ?
LYSE
Ce vieux saule, madame.
Où chacun d'eux cachoit ses lettres et sa flamme, Quand le jaloux Sémiie en fit un faux témoin; Du pré de mon grand-père il fait encor le coin; Et l'on m'a dit que c'est un infaillible signe Que d'un si rare hymen je viens en droite ligne. Vous ne m'en croyez pas?
Et ne nous laisse pas en état d'obéir,
Quand on choisit pour nous ce qu'il Bong faat haïr.
Il attache ici-bas avec des sympathies
Les âmes que son ordre a là-haut assorties, etc.
(PalisioU] ' ToJt ce qui suit est une allusion au roman de l'Astrée, du marquis d'VMi roman qui eut en France lieaucoup de réputation et de cours sous les règoM ée Henri IV et de Louis XIII. et qu'on lisait encore même dans les beaux jowi 4ê Louis SIV, sur la foi de m réputation. (Voluire.)