‹ uvres des deux CorneilleChapitre 379 sur 433 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Par ce doruier bonhoui' iiioii boiilicur se détruit; Ce ruiii'slo départ eu osl ruMi(|uo fruit, Et ma Ixinnn forlune, à inoi-niéine cniiiraire, Me fail piTiliv la s<inir paf la faveur du frère.

Lo civur eullé d'amour et de ravissement, J'âliois rendre à IMùlisto un mot de (■()m|)liment; Mais lui tout aussitôt, sans le vouloir eiilondre,

• Ciier ami, m'a-t-il dil, vous logez chez Cléandre, i Vous aurez vu sa sœur, je l'aime, et vous pouvei

• Me rendre beaucoup plus que vous ne me devex : » En faveur de mes feux parlez a celle belle;

» El comme mon amour a peu d'accès chez elle,

« Faites l'occasion quand je vous irai voir. »

A ces mots j'ai frémi sous l'horreur du devoir.

Par ce que je lui dois, jugez do ma uiisèie.

Voyez ce que je puis, et ce que je dois faire.

Ce cœur qui le trahit, s'il vous aime aujourd'hui,

Ne vous trahit pas njoins s'il vous parle piur lui.

Ainsi, pour u'offenser son amour ni le voire.

Ainsi, pour u'étre ingrat ni vers l'un ni vers l'autre,

J'ôte de votre vue un aniant malheureux,

Qui ne peut plus vous voir sans ^ous Irahir tous deui)

Lui, puisqu'à son amour j'oppose nia présence;

Vou», puisqu'en sa faveur je m'impose silence.

MÉLISSE

Cest à Pbilisle donc que vous m'abandonnez? Ou plulôt c'est Pbilisle à qui vous me donnez? Votre amitié trop ferme, ou votre amour trop lâche, Môlant ce qui me plail, me rend ce qui me fâche? Oue c'est à contre-temps laire l'amant discret, Qu'en ces occasions conserver un secret I Il falloit découviir... mais, simple! je m'abuse; Uu amour si léger eût mal ser\i d'excuse; Un bien acquis sans peine est un trésor en l'air; Ce qui coûte si peu ne vaut pas en pai 1er : La garde en importune, et la perle en console; Et pour le retenir c'est trop (|u'uiie parole.

UOIIAME.

Quelle excuse, madame! et quel remereimcnl! Et quel compte eût-il fail d'un amour d'un moment. Allumé d'un coup d'œil? car lui dire autre chose, t. ol

542 \A SUITE DU MENTKUR.

Lui couler de vos (eux la \érital)lo causr, • Que je v<ms sauve un frère, et qu'il me doit le jmir. Que la recomioissance a produit votre amour, C'éloit mettre «;n sa main le destin de Cléandre, C't'loit tialiir ce fi-ère en voulant vous défendre, C'éloit me repentir de l'avoir conservé, C'éloit l'assassiner après l'avoir sauvé; C'éloit désavouer ce généreux silence Qu'au péril de mon sang garda mon innocence, El perdre, en vous foiçanl à ne plus m'eslimcr, loules les qualités qui vous firent m'aimer,

MÉLISSE

Kélas ! tout ce discours ne sert qu'à me confondre.

Je n'y puis consentir, et ne sais qu'y répondre.

Mais je découvre enfin l'adresse de vos coups; v

Vous parlez pour Philiste, et vous failes pour vous r

Vos dames de Paris vous rappellent vers elles,

Nos provinces pour vous n'en ont point d'assez belles.

Si dans votre prison vous avez fait l'amant,

Je ne vous y servois que d'un amusement.

A peine en sortez-vous que vous changez de style;

Pour quitter la maîtresse il faut quitter la ville.

Je oe vous retiens plus, allez.

DORANTE

Puisse à vos yeu»

M'écraser à l'instant la colère des cieux, Si j'adore autre objet que celui de Mélisse, Si je conçois des vœux que pour volie service, El si pmif d'autres yeux on m'entend soupuer. Tant (jue je pourrai voir quelque lieu d'espérer! Oui, madame, souffrez que cet amour peisisle Tant (|ue I liynieii engage ou Mélisse, ou Philiste; Jusque-là les doueeurs de votre souvenir Avec un ]»•{[ d espoir sauront m'eulielenir : J'en juic p;:! \oos-mème, et ne suis poiul capable H'un serm. ni lu plus saint, ni plus iuvinlable. Mais j (illt ii-e IMidisle avec un tel serment; Peut jjiie. M \o> >oup(;ous, je nuis à \olie amant. J'eflàteiai .' (lime avec celle prière : Si vous I.» \. / u upur à qui vous sauve un frère, Vous ue (Il \. , j..>> uioins au généreux secours

ALit, \, aCtM: IV. 543

Donl tient 'e jour ve\m qui conserva ses jours. Aimez e'i ma l°i«\riir un ami qui vous aiii:c*. Et possodei Ikiraiil»* ''ii u\\ autre lui-iuémc. Adieu. Conlr»' vo- y»'ux c'est assez comljatlu, Je seus à leui-s it-nHids cliaiiceler ma vcriu ; Et, dans le Insie ♦■lal où mon âme est mluile. Pour sauver mou tmnneur, je n'ai plus que la fuite*.

svJÈNE IV. — DOHAiNTL, PIIILISTE, MÉLISSE, LYSk CLITON.

PHII.ISTE.

.Aiui, je vous rencontre assez lieureusement. Vous sortiez?

Oui, je sors, ami, pour un moment.

Entrez, Mélisse est seule, et je pourrois vous nuire.

PHILISTE

No m'échappez donc point avant que m'introduir»; Après, sur le discours vous prendrez votre temps, El nous serons ainsi l'un et l'autre contents. Vous me semblei troubltM

DORANTE

J'ai bien raison de i'ètra.

Adieu.

PHILISTE

Vous soupirez, et voulez disparoître!

De Mélisse on de vous je saurai vos malheurs.

Madame, piiis-jc A ciel I elle-même est en pleurs !

Je ne vois <li's ilfu\ paits que dos siijots d'alarmes. D'où viennent st-s s<iii|nrs? et d'où naissent vos larmes? Quel accident vous lâche, et le fait retirer? Qu'ai-je à criiudre pour vous, ou qu'ai-je à déploiera

MCLISSE.

Philifte, il est tout vrai mais retenez Dorante,

Sa préteoce au st-cret est la plus impor(an*«.

DORANTE

Y«oi me perdez, madam«.

• CeU£ .'<«*M pouvait l.iire uo Uw^fraiu) elTet, et no !•■ i;<ii i>nint. L«f fiu» baaax >«iilin><>iil> d'uIi< n<lrii*^iii jamaii quaod iU oe bont |ia« nii-iii'», i>rëparM ^r une >it<i.itiiiu y Mt«ul«, par quelque co«p de ibeàlre, par \<«-\ lu*- clioM d« *if et d'aoïoxt. (f oltaue.J

844 LA SUlTh DU MKNTEUR.

MÉLISSE

Il tout tout hasarder Pour un bicD qu'autrement je ne puis plus gapler.

LTSE.

Cléandre entre.

MÉLISSE

Le ciel à piopos nous Tenvoie.

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