‹ uvres des deux CorneilleChapitre 380 sur 433 · SCÈNE V.— DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE, MÉUSSK, LÏSE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE V.— DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE, MÉUSSK, LÏSE, CLITON

CLÉANDRE

Ma sœur, auriez-vous cru...? Vous montrez peu de joie! En si bon entretien qui vous peut allrisler?

UÉLISSE, à Cléaodre.

J'en oontois le sujet, vous pouvez l'écouter.

U PhiliiU.)

Vous m'aimei, je l'ai su de votre propre bouche,

Je l'ai SU de Dorante, et votre amour me touche.

Si Irop pou, pour vous rendre un amour tout pareil,

Assez, pour vous donner un fidèle conseil.

Ne vous obstinez plus à chérir une ingrate;

J'aime ailleurs, c'est en vain qu'un faux espoir vous flatte.

J'aime, -^t je suis ainu'e, et mon frère y consent;

Mon choix est aussi beau que mon amour puissant.

Vous l'auriez fait poui' moi, si vous étiez mon frère.

C'est Dorante, en un mot, qui seul a pu me plaire.

Ne me demandez point ni quelle occasion,

Ni quel temps entre nous a fait cette union;

S'il la faut appeler ou surprise, ou constance;

Je ne vous en puis dire aucune circonstance :

Con (entez-vous de voir que mon frère aujourd'hm

L'esUme et l'aime assez pour le loger chez lui.

Et d'apprendre de moi que mon cœur se propose

Le change et le tombeau pour une même chose.

Lorsque notre destin nous sembloil le plus doux.

Vous l'avez obligé de me parler pour vous;

Il l'a fait, et s'en va pour vous quitter la place :

Jugez par ce discours quel malheur nous ineuaeei

Voilà cet accident qui le fait retirer;

Voilà ce qui le trouble, et qui me fait pleurer;

ACTi: V, se KM-: v.

Voil.i ce qtio \o Cfaiiis; o\ \oi!à les aliirinos

D'où AiiMiiiom «es soupirs, cl d'où naissciil im-s larmct.

PIIILISTE.

Ct' ii'fsl pas là, Doraiilo, ;t|;ir on cavalier. Sur ma parole eiu-or \ous élos prisonniiT; Voire lilterto n es! qu'une prison plus larj^c; Kl ji> r»*ponds do vous, s'il sui\ienl (]iiel(|ue eliarge Vous parlez eependanl, cl sans m'en avirlir! Rentrez dans la |)rison donl vous vouliez sortir. DORANTi;.

Allons, je suis toul prèl d'y laisser une vie Plus dij^ne de pitié qu'elle n'étoit d'envie ; Mais, après le bonheur que je vous ai eéde, Je iiiérilois pent-élre un pins doux procédé.

PHlLISTr.

Un aini tel que vous n'en méiile point d'autre Je vous dis mon secret, vous nie cachez le vôtre, Kl \ous ne craifjnez point d'irriîer mon conrroui, Ivorsque \ous me juj;i'/ moins péuoreux que vou»ï Vous pouvez me céder un ohjel qui vous aime ; El j'ai le cœur trop bas pour vous traiter de n)énie. Pour vous en coder un à qui l'amour me tend, Sinon trop mal vonlu, du moins indiflérenl ! Si \ous avez pn nnître el noble el magnanime, Vous ne me deviez pas tenir en moindre estime : Malgré noire amitié, je m'en dois ressentir. Rentrez dans la prison dont vous \oulie/ sortir.

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