‹ uvres des deux CorneilleChapitre 38 sur 433 · ROI · texte numérisé non relu

ROI

Bien qu'à ses déplaisirs mon âme compatisse, Ce que le comte a fait semble avoir mérité Ce juste cbàtinient de sa témérité.

Quelque juste pourtant que puisse être sa peine, Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine. Après un long service à mon état rendu. Après son sang pour moi mille fois répandu, A quelques senliments que son orgueil m'oblige, Sa perte m'affoiblil, et son trépas m'afflige.

SCÈNE IX. - LE ROI, D. DIÈGUE, CHIMÈIH* D. SANCHE, D. ARIAS, D. ALONSK.

CHIMENE

Sire, sire, justice.

D. Oli^GUE.

Ah! sire, écoutez-nous.

cHmi^E.

le me jette à vos pieds.

■ Tae. PailM doubler U gaitle «us mur* et sur le port.

D. Ditcui:.

J'embiasse vos genoui.

CHIMENE

Je dcmdnde justice.

D. dii:gce.

Entendez ma défense.

CIIIMÈNE.

D'un jeune audacieux punissez l'insolence; Il a do votre sceptre abattu le soutien, Il a tué mon père *.

D. DIÈGDE.

Il a vengé le sien.

CHIMÈNE

Au sang de ses sujets un roi doit la justice.

D. DIÈGDE.

Pour la juste vengeance il n'est point de supplice.

LE ROI

Levez-vous l'un et l'autie, et parlez à loisir. Chimcne, je prends part à votre déplaisir; D'une égale douleur je sens mon âme atteinte.

(à D. Diègue.)

Vous parlerez après; ne troublez pas sa plainte.

CHIMÈNE

Sire, mon père est mort ; mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son généreux flanc ; Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles, Ce sang qui tant de fois vous gagna des bataille». Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux De se voir répandu pour il'autres que pour vous, Qu'au milieu des hasards u'osoit verser la guerre, Rodrigue en votre cour vient d'en couvrir la terre*.

' Ce qui est vraiment palhclique, c'est le spectacle d'un cœur froissé entre la passion et le devoir, contraint de se déchirer lui-même et d'immoler à l'inexorable vertu les seoliments les plus cliers. Telle est la situation de Cliimène fcte par llionneur el la piété liliale de solliciter la mort d'un amant qai loi t plus cber que la vie. Corneille a su combiner avec tant d'art l'bcroïsme et la iblesse dans le même caractère (|uc la piété Gliale l'emporte sur l'amour saut

rien taire perdre de sa force. (Geoll'roy.)

< Corneille a supprimé ici les quatre vers suivants :

Et pour son coup d'essai, son indigne attentat D'un si ternie soutien a privé votre état, Ue vos meilleurs soldats abattu l'assurance, Et de vos ennemis relt^xé l'espérance.

ACTi; II, Si.KMC IX. 51

J'ai roiirii sur le lieu, s;ins liirci- i>t s;in>; ooiilour;

Jo l'ai lioiiNt' sans vie. Kxciisc/ in:i (loiiiciii",

Sire; la noIx me manque à ce réeil (uneste;

Mes pleurs el mes soupirs vous «liront mieux le reste.

i.r. Rin.

Prends courage, ma fille, el sache qu'nujnunrhui Ton roi te veut servir de pt-re au lieu de lui.

cniMKM;.

Sire, de trop d'honneur ma misère est suivie. Je vous l'ai déjà dit, je l'ai trouvé sans vie, Son flanc étoit ouvert; et, pour mieux nj'émouvoir*, '"on sanj; sur la poussière écrivoit mon devoir; i lu plutôt sa valeur en cet état réduite Me parloil par sa plaie, et hàtoit ma poursuite; Kt, pour se faiie entendre au jilus juste des rois, Par cette triste bouche elle euipruntoit nta voix. Sire, ne souftie/ pas (pie sous votre puissance Kègne devant vos yeux une telle licence; Oue les plus xaleun-ux, avec impunité, Soient exfH)sés aux coups de la témérité; Qu'un jeune audacieux liioinjthe de leur gloire. Se baigne dans leur sang, et brave leur mémoire. Un si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravir- Eteint, s'il n'est \engé, l'ardeur de vous servir. Enfin mon père est mort, j'en demande vengeance. Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance. Vous perdez en la mort d'un homme de son rang; Veugez-la par une autre, et le sang par le sang. Immolez, non à moi, mais à votre couronne, \lais à votre grandeur, mais à votre personne; Immolez, dis-je, sire, au bien de tout l'état Tout ce qu'enorgueillit un si grand attentat^.

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