‹ uvres des deux CorneilleChapitre 382 sur 433 · EXAMEN DE LA SUITE DU MEMEIIU · texte numérisé non relu

EXAMEN DE LA SUITE DU MEMEIIU

L'eflet de cette p^^ce n'a pas été si avantageux que celui de la préfédente, birn qu'elle soit micuK écrite. L'oripinnI osp.ir^noi «•si lii- Lope de Vepa san* contredit, et a ce défaut, que ce n'est qiip le valet qui Tait rire, an lieu qu'en l'atitre les princijaux .ii:'enients sont dms la bouche du maître. L'on a pu voir par les ilixers succès quelle dilTérence il y a entre les raillencs'spiriliielk'S d'un lionncte liommede bonne humeur, et les l -flTonnerics froides d'un pi lisant à papes. L'obscurité qiie fait en '«M;i le rapporta l'autre a pu contribuer quelque chose à sa di^pra^y ayànl beaucoup de choses qu'on ne peut entendre, si l'on n'a ildce prc.«ente du Menteur. EU' a encore quelques défauts parfi- *uliers. Au second acte, Cléandre raconte à sa sœur h pénéro- <ilé de Dorante qo'on a vue au premier, contre la maxime, qu'il ne faut jamais faire raconter ce que le spectateur a déjà TU. Le cinquième est trop sérieux pour une pièce si enjouée, et n'a rien de plaisant que la première scène entre un valet et une servante. Cela plaît si fort en Espapne, qu'ils font souvent parler bas les amanl.s de condition, pour donner lieu à ces sortes de pcns de s'cntredirc des badinapcs ; mais en France, ce n'est pas le poi'it de I auditoire. Leur entretien est plus supportable au premier acte, pendant que Dorante écrit ; car il ne faut jamais laLîser !e théâtre sans qu'on y agisse, et l'on n'y apit qu'en parlant. A nsi Dorante qui écrit ne le remplit pas assez; et toutes les fois que cela arrive, il faut fournir lactiou par d'autres pens ftii parient. Le second <léliute par une adresse lipne d'être .re- ■larquéc, cl dont on peut former cette rèple. que, quand on a fnelque occasion de louer une lettre, un billet, ou quelque autre pièce cloqientc ou spirituelle, il ne faut jamais la faire voir; parce qu'alors c'est une propre louanpe que W poète se donne à soi-même; et souvent le mérite de la «hosc répond si mal aux éloges qu'on en fait, que j'ai vu des stances pres.uiees à une maîtresse, qu'elle vanloit d'une haute excellence, hien qu'elles fussent très médiocres; et cela rlevenoit ridicule. Mejisse loue ici la lettre que Dorante lui a écrite; et comme elii- ue la lit point l'nndilrur a lien de rroirc qu'elle est aussi bien faite qu'elle le dit Hien que d'abord cette pièce n'eût pas praiide approbation qua'.ie ou cinq ans après la troupe du Marais la remit sur |«

Ihéfitre avec un succès plus heureux ; mais aucune des tronpei qui courent les provinces ne s'en est cliargéc. Le contraire est arrivé de Tyodore ', que les troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disgrâce, mais que telles de* orovinces y ont faif assez passablement réussir.

' Il ne faut jamais juger d'une pièce par les succè» Ci-* premières annëes ■ i Paris ni eu province ; le tciii|>s simiI met le piii aux ouvrages, et l'opiaion tiaécbi* das l>oi» |uges est à U lougue l'artitre du eoûl dp. publié. I^YaltBlrttJ

IlODOGUVE,

TRAGÉDIE

NOTICE

• hodogune, dit Voltaire, ne ressemble pas plus à Pompée, que tompit h Cinna , et Cinna au Cid. C'est cette variété qui caractérise le vrai pénio Le sujet en est aussi grand et aussi terrible que celui de Théodore est bizarre et impraticable. » Ln jiislioe que Voltaire rem! par ces lignes au poème de Cornciili', ne l'empècbc pns d'accumuler dan? son commentaire une foule de remarques critiques, très-souvent injustes, et presque toujours exprimées en termes amers. Après avoir dit que le sujet est jrand et ItniUe. il s'applique dans le détail à montrer que tous les car.ictèris sfnit ou invraisemblables ou oditux; le cinquième acte seul trouve grâce ilevant lui; inais il demande encore s'il est permis d'amener une grande beauté par de grands défauts; enfin il ajoute qu'il ne croit pas qu'une pièce remplie de tant de défauts essentiels, et en général si mal écrite, pût être soufferte jusqu'au quatrième acte par une assemblée de gets dî goût qui ne prévoiraient pas les beautés du cinquième.

Jamais, on peut le dire, l'admirable esprit critique de Voltaire n'a porte plis à faux, et non-sculemcnl il a été contredit par tous les écrivains qui depuis tantôt un siècle se sont occupés de juger Corneille, mais il a été solennellement condamné par le public, qui n'est piut-ètrc pas toujours une assemblée exclusivement composée de gens de goût, mais qu'il fait bien, quoi qu'on en dise, -accepter comme arbitre souverain d^ns ce» questions, surtout lorsque pendant deux siècles il juge toujours de la œ&ne manière. Ce n'est pas que Kod'jqnne soit irréprochable; ce n'est pas que Corneille n ait point exagéré certaines iituations; mais ce que l'on ne peut contester, c'est (j'ie les dernières parties de cette pièce sont peut-être i c qu'il y a d ■ plus %eau sur aucun théâtre. Telle est aujourd'hui l'opinion géïK'r.ile.

Le caractère de Cléopàtrc, tant maltraite par Voltaire, est 0»^

550 NOTici': suu noDor.UNi:.

fani» comme l'un des plus saisissants -^t ' 's plus terribles qui •ienl paru à la scène. Cléopàlro, c'est l'As:. irP'""!" 'le Tacite transportée dans une cour de l'Orient; elle est i HlisirMe, dissimulée, irréfléchie, pleine d'emportements, femme pur toutes les paslions, excepté par celle qui survit la dernière au c œur des femmes,

r" l'amour maternel, et dans ses égarcuic nls plus vraie que Phèdre de Racine, car Phèdre est an l'ond une chrétienne diéguisée, qui lutte avec la passion et se dtbat contre le remords; Jtndis que Cléopâtre, païenne et maîtresse d'iiu pays où le despotisme ne marchande pas avec les grands i-nmes, ne connaît pas le remords et ne soupçonne même pas (pi'il puisse exister. Étoutons ce qu'en dit M. Saint-Marc Girarilin : « Le personnage de Cléopâtre est odieux d'un bout à l'autre de la pièce; il n'inspire que l'horreur... jamais la nature ne réclame en son cœur, et, quand elle l'attesie . c'est pour la braver et la sacrifier à son ambition et à sa vengeance :

El toi, que me veux-tu, ,

Ridicule retour d'une sotte vertu, TeBdresse dangereuse autant comme importooe ? (Acte V, scène i.)

» Cependant les sentiments doux et naturels ont leur part dans Rodogitne, et la pitié a sa place à côté île I horreur. L'affection touchante et pure que les deux frères ont I uii |)(iiir l'autre, et l'iuterèt qu'elle excite, compensent l'époux ;ui ;■ qu'inspire Cléopâtre. J'aime que, dans cette tragédie ou les lions sentiments disparaissent dans la mère, ils se retromcnl nus les deux frères, et que l'amour fraternel vienne nous decl(imiiNi>rer de l'oubh de la tendresse maternelle. Ainsi les émoti(ui~ douces et pures retrouvent leur ascendant, et le spectateur n est point condamné au tourment de ne rien trouver qui soit dl-nic d'estime et da pitié; il s'attendrit sur ces deux frères qui. ■ (Irayés d'aimer tous deux Rodogune et de se trouver rivaux, se pnimettent de ne jamais faillir à l'amitié fraternelle :

Malgré l'éclat du trône et l'amour d'une leiiimt-, faisons si bien régner l'amitié sur noire âiuc, etc. (Acte I, scène m.)

» Cette noble et touchante amitié des deux frères résiste diix efforts que Cléopâtre fait pour l'altérer. En \am elle cherche à les armer l'un contre l'autre: ils repou.ssrni v,. s conseils odieux. Cléopalre alors, désespérée de voir la \eriii i. -ii-. fils tromper ses projet- de vengeance et d'imbitiou . n ii\ lut plus compter sur eux. ui pour frapper Rodoginu . n i se détruire l'un l'autre,, uc compte plus que sur elle-mè:; • .n elle ne songe pas à renoncer à sa haine et à sou ambiii 'ii, elle ne songe pM

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