‹ uvres des deux CorneilleChapitre 394 sur 433 · SCÈNE VII. — RODOGUNE, LAONICE · texte numérisé non relu

SCÈNE VII. — RODOGUNE, LAONICE

RODOGLTJE.

Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace,

Et coule dans ma joie une secrète {;lace :

Je tremble, Laonice, et te voulois parler.

Ou pour cliasser ma crainte, ou pour m'en consoler.

LAONlCE.

Quoil madame, en ce j(ur pour vous si plein de gloire?

Ce jour m'en promet tant, que j'ai peine à (ont croire.

La fortune me traite avec trop de respect;

Et le tiônc et l'iiynien, tout me devient suspect.

L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice,

Le trône sous mes pas creuser un précipice;

Je vois de nouveaux fers après les miens brisés,

Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés ;

En un mol, je crains tout de l'esprit de la reine.

LAONlCE.

La paix qu'elle a jurée en a calmé la haine*.

' Cet penonnaget parlent Torces par la nécessité de la scène, et noi par !■ ■écessité de l'action : ils parlent quelquefois sans en attendre l'occasion, ce qui ■'eil pas d'accord avec l'empire presque exclusif qu'exerce sur eux leur caractère ; le caractère, simple disposition naturelle, ne se manifeste que lorsqu'il M tronve en présence de l'objet propre à le mettre en jeu, tandis que la passioa^ ■envement violent de l'&me, se porte sur toutes choses, s'épanche où elle peut, •t peut fonmir bien plus naturellement ces discours abondants, nécessaires à la ■cène. Lorsqne Cléopàtre mourante révèle à son fils ses crimes et ses aiïreus projets, c'est la passion qui l'entraîne ; sa haine ne peut plus agir ; elle a'a d'autre soulagement que de la déclarer; ses révélations sont donc parfaitement ■atarelles : mais les révélations que Cléopàtre fait à Laonice dans les premier: acte* ne le sont point, parce que ce sont de simples développements de caractère, savamment donnés par le personnage lui-même, an lieu d'être naturelle vent provoqués par les événements. (Giiizot.)

* Ou ue doit jamais se servir de la particule M dans ce cas-ci ; il fallait, !■ fuis qu'elle a jurée a dû calmer $a hatnt, (Voltaire.)

Page 1