‹ uvres des deux CorneilleChapitre 427 sur 433 · SCÈNE. II. CI.ÉOPATRK, LAONICE · texte numérisé non relu

SCÈNE. II. CI.ÉOPATRK, LAONICE

CLtOPATRE.

Ti«DiieDUil8, nos amants?

LAOMrE.

lis npitrni'lioiit. madame t On lit dessus leur front l'allégrossi de l'àmo; L'amour s'y fait pamitre avec la iiiajosié; Fa, suivant le vieil (inlre en Syrie usité, D'une grâce en Imis deni tout au(;uste et rnynle, lis \iennent prendre iri la cou|)e nuptiale, Pour s'en aller au leniple, au sortir du palais, Par les mains du t;iand-prélre être unis à jamais: C'est là qu'il les alliud pour bénir rallianc. Le peuple tout ravi par ses vœux le devance,

I t pour eus à grands cris demanile aux iminnli-fs Tout ce qu'on leur souhaite au pied de leurs anU'â Impatient p<tur eux que la cérémonie

Ne commence bienlôl, ne soit bientôt. finie.

Les Parllies à la loule aux .Syriens mêlés.

Tous nos vieux différends de leur îime exilé .

Font leur suite assez grosse, et dune voix comniuoe

l'énissent à l'tini le prince et Rodogune.

Mais je les vois déjà : madame, c'est à vous

A commencer ici îles spectacles si doux.

8CKNE III. — <:léopatre, antiociius. rodogune,

ORONTE, LAOMCE, troupe de partiies ft de syriens.

CLÉOPATRE

Approchez, mes enfants; car l'amour maternelle, Madame, dans mon cœur vous tient déjà pour telle, ►".t je crois que ce nom ne vous déplaira pas.

RODOGl'NE.

Je le chérirai même au-delà du trépas.

II m'est trop doux, madame; et lout l'heur que j'espèft^ C'est de \ous obeii , <l respecter en mère.

Cl,l OPATRE.

Aimez-moi sculemi-nt; nous aile/ être rois,

H s'il faut du respe<t, c'est moi qui vous le d«)i>.

.i08 RODOGUNE.

ANTiocnus. I Ah ! si nous recevons la suprême puissance, Ce n'est pas pour sortir de volrc obéissance : Vous ri'gnerez ici, quand nous y régnerons, Et ce seront vos lois que nous y donnerons.

CLÉOPATRE

J'ose le croire ainsi : mais prenez votre place; Il est temps d'avancer ce qu'il faut que je fasse.

[Ici Antiochus s'assied dans un fauteuil, Rodognne à sa gauche, en min* raug, et Cléopàlre à sa droite, mais en rang inférieur, et qui marque quelque incgalilé. Oronte s'assied aussi à la gauche de Rodogune, arec la même diiïérence; et CUIopâtre, pendant qu'ils prennent leurs placei, parle à l'oreille de Laonice, qui s'en va quérir une coupe pleine de tIi empoisonné.)

Peuples qui m'écoutez, Parthes et Syriens, Sujets du roi sou frère, ou qui fûtes les miens, Voici de mes deux fils celui qu'un droit d'aînesse Llève dans le trône, cl donne à la princesse. Je lui rends cet état que j'ai sauvé pour lui, Je cesse de régner; il commence aujourd'hui. Qu'on ne me traite plus ici de souveraine : Voici votre roi, peuple, et voilà votre reine. Vivez pour les servir, respectez-les tous deux, Aimez-les, et mourez, s'il est besoin, pour eui.

Oronte, vous voyez avec quelle franchise Je leur rends ce pouvoir dont je me suis démise : Piélez les yeux au reste, et voyez les effets Suivre de point en point les traités de la paix.

(Laonice apporte une coupe.) ORONTE.

Votre sincérité s'y fait assez paroître.

Madame ; et j'en ferai récit au roi mon maitreb

CLÉOPATRE

L'hymen est maintenant notre plus cher souci. L'usage veut, mon flis, qu'on le commence ici : llecevez de ma main la coupe nuptiale, Pour être après unis sous la foi conjugale; Puisse-t-elle être un gage, envers votre moitié. De votre amour ensemble et de mon amitié!

ANTIOCHUS, prenant la coupe.

Ciel ! que ne dois-je poiu\ aux boutés d'une mèrel

ACTi: V, se KM-: IV.

ri.rorATnt, Le temps presse, el \(ilir hoiir ri'aiilant plus m diflêrtu

ANTIOCIIUS, i U.Mlogiine.

il;i(l,mic, hâtons donc trs ulorioux moments : Voici riieureux essai ile nos coiilonlcmonts. Mais si mon frère cloil le témoin <lc ma joie...

CLrorATnt.

C'est être trop cruel que vouloir qu'il la voie : Ce sont des déplaisirs qu'il fait bien d'éparçner; Et sa douleur secrète a droit de l'éloigner.

ANTiocms.

Il m'avoil assuré qu'il la verroit sans peine : Mais n'importe, achevons.

SCÈNE IV. — CLÉOPATRE, ANTfOCHUS. RODOGUNE, ORONTE, TIMAGÈNE, LAOMCE, troupe de parthis

KT Dl STUE5S.

TIMAGÈNE

Ah ! seigneur!

CLF.OPATnE.

Ti m a gène.

Quelle est votre insolence I

TIMAGÈNE

Ah! madame I

AXnoCHCS. rendaDt la coape i Laoniae.

Parlei.

TIMAGÈNE

Souffrer pour an moment que mes sens rappelés...

ANTiocncs.

Qu'esl-il donc arrivé?

TIMAGÈNE

Le prinrc votre frère...

ANTiocncs.

Quoi! se voudroit-il rendre à mon honlieur conlrairt?

TIMAGÈNE

L'ayant cherché loiijj-tenips afin de divertir L'eiuiui que de sa [)erle il |>ou\oi( ressentir, Je l'ai trou\é, seigneur, nu hctut dr cetic allée Où la clarté du ciel semble toujours >oilée. Sur UQ lit de tfazon. de fi'iblesse étendu.

6!0 RODOC.UNl::.

II soinl>Ioil déplorer ccqu'il avoit peitln; Son âme à ce penser paioissoit allarhce ; Sa tèle sur un bras languissaniinenl j» iicléf;, Immobile et rêveur, en mallieureiix amant,..

AisTiocnus.

EufiD que faisoit-il? achevez prompfemenl.

TlMACÙNIi.

D'une profonde plaie on l'eslomac ouverte

Son sang à gros bouillons sui' telle couche vert«^

CLl'oPATRE.

U est mort'

TIMAGLNE.

Oui, madame.

CLÉOPATRE

Ah ! deslins eimemiiS; Qui m'enviez le bien que je jn'élois promis! Voilà le coup falal que je craignois dans î'âme; Voilà le désespoir où l'a réduit sa fhumne. Pour vivre en vous perdant il avoit Irop d'ainouPj Madame; et de sa main il s'est privé du jour.

TIMACÈNE, à Cléopàlre.

Madame, il a parlé; sa main est innocente.

CLÉOPATUE, à Timagène.

La tienne est donc coupable, et la rage insolentes Par une lâcheté qu'on ne peut égaler, L'ayant assassiné, le fait encor parler!

ANTIOCHLS.

Timagène çouffrez la douleur d'une mère, ^t les premiers soupçons d'une aveugle colère. Comme ce coup falal n'a point d'autres témoins, j'en ferois autant qu'elle, à vous connoitre moint;. Mais que vous a-t-il dit? achevez, je vous prie.

TIMAGÈ^E.

Surplis d'un tel spectacle, à l'instant je m'écrie; Et soudain à mes cris ce prince, en soupirant. Avec assez de peine entrouvre un œil mourant; Et ce reste égaré de lumière incertaine Loi peignant son cher frère au lieu de Timagène, Rempli de \olre idée, il m'adresse pour vous Ces mots où raiiiitié règne sur le courroui : • Une main qui nous fut bien clièra

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