‹ uvres des deux CorneilleChapitre 49 sur 433 · SCÈNE V. — D. DIÈGDE, mmL · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — D. DIÈGDE, mmL

Jamais nous ne goiitons de parfaite allégresse.

Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse.

Toujours qu»-lques soucis en ces événements

Truiiblent la punie de nos coiilenlements :

Au milieu du bonheur mon âme en sent l'atleintef

Je nage dans la joie, et je tremble de crainte.

J'ai vu mort l'ennemi qui m'avoit outragé;

Kt je ne saurois voir la main qui m'a vengé.

Kti vain je m'y travaille, et d'un soin inutile.

Tout cassé que je suis, je cours toute la ville :

Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur

Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.

A toute heure, en tous lieux, <lans une nuit si sombra^

Je pense l'embrasser, et n'embrasse «pi'une ombre;

Et mon amoui , déçu par c(>t objet trompeur.

Se forme des soupçons <|ui redoublent ma ()eur.

Je ne décou\re point de mir(|ues de sa fuite;

Je crains du conilo mort les amis el la suite;

Leur nombre m'épouvante et confond ma raison.

Iloilrigue ne vil plus, ou respire en prison.

Justes cieux! me trompé-jc encore a ra|)parence,

Ou si je vois enfin mon unique espérance?

C'est lui, n'en doutons plus; mes vœux sont exaucéi;

Ma crainte est dissipée, cl mes ennuis cessés.

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