‹ uvres des deux CorneilleChapitre 52 sur 433 · SCÈNE I. — CHlMEiNE, ELVIBK · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — CHlMEiNE, ELVIBK

CIIIMKNE.

N'esi-«e point un faux bruit? le sais-tu bien, Hvire?

ELVIRE

Vous ne croiriez jamais comme chacun l'admire,

Et porto jus(|irau ciel, d'une commune voix,

De ce jeune hcrns les glorieux exploits.

Les Maures de\iMil lui n'ont paru qu'à leur lionte;

Leur abord fut bien prompt, leur fuite encor plus prompte;

Trois heures de combat laissent à nos {guerriers

Une victoire entière et doux rois prisonniers.

La valeur de leur chef ne Irouvoil point d'obstacles.

cniMÎNE.

£t la main de Rodrigue a fait tous ces miracles!

ELVIRE

De ses nobles efforts ces deux rois sont le prix; Sa main les a vaincus, et sa main les a pris.

CIIIMÈNE.

De qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges?

ELVIRE

Du peuple qui partout fait sonner ses louanges, Le nomme de sa joie et l'objet et l'auteur, Sou ange tutélaire, et son libérateur.

cinMi;>E.

Et le roi, de quel œil voit-il (nnt de vaillance?

ELVIKL.

Rodrigne n'ose encor paioilre en sa présence; Mais don Diègne ravi lut jtiêsenle eiiclinin»^, An nom de ce vainqniur, ces ca|)tifs couronnés; El diinande pour giàce à cf (;enércux prince vjii il daigne >oir la main (|ui sau\e la province.

CIIIMÈNE.

Mais n'est-il jioint blessé?

ELVIHE.

Je n'en ai rien appri», Vous changez de couleur! roprcner vos esprits

CHIMKNE.

Reprenons donc aussi ma colère affoiblie : Pour avoir soin de lui faut-il que je m'oublie? On le vaille, on le loue, et mon cœur y consent! Mon honneur est muet, mon devoir impuissant! Silence, mon amour, laisse agir ma colère ; S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père; Ces trisles vêtements o'i je lis mon malheur Sont les piemiers effets qu'ait produits sa valeur; Et quoi (ju'oii dise ailleurs d'un cœur si magnanime, Ici tous les objets me parlent de son crime. Vous qui rendez la force à mes ressentiments, Voile, crêpes, habits, lugubres ornemenls, Pompe où m'ensevelit sa première victoire *, Contre ma passion soutenez bien ma gloire; Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoir. Parlez à mon esprit de mon triste devoir, Attaquez sans risn craindre une main triomphante.

ELVIRE

Modérez ces transports, voici venir l'infante.

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