SCÈNE IIL — LE ROI , D. DIÈGUE , D. ARIAd^^ D. RODRIGUii, D. S ANCHE
LE ROI
Généreux héritier d'une illustre famille.
Qui fut toujours la gloire et l'appui de Castille,
Race de tant d'aïeux en valeur sigualés.
Que l'essai de la tienne a sitôt égalés,
Pour te récompenser ma force est trop petite;
Et j'ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite.
Le pays délivré d'un si rude ennemi.
Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi,
El les Maures défaits avant qu'en ces alarinos
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i'eusse pu doiHier ordre à repousser leurs armes,
Ne sont |>oiiit des exploits qui liiisscnl à (on roi
IjC moyen ni l'espoir de s'act|niUer \ers loi.
liais deux rois les eaptifs feront la récompense :
lis t'ont noininé tous <leux leur Cid en ma présence.
Puisque Cid eu leur langue est autant que seigneur.
Je ne t'en\îrai pas ce beau litre d'honneur.
Sois désormais le Cid ; qu'à ce grand uorn tout cède;
Qu'il comble d'épouvante et Grenade, et Tolède,
Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes loi»
Et ce que tu ine vaux, et ce que je te dois.
D. RODRIGUE
Que voire majesté, sire, épargne ma honte. D'un si foible service elle fait trop de compte, Et me force à i-ougir devant un si grand roi De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de voire empire, El le sang qui m'anime, et l'air que je respire; Et, quand je les perdrai pour un si digne objet. Je ierai seulement le devoir d'un sujet.
LE ROI
Tous ceux que ce devoir à mon service engaf» Ne s'en acqnilleut pas avec même courage; Et lorsque la \aleur ne va point dans l'excès, Elle ne produit point de si rares succès. «
Souffre donc qu'on te loue, et de cette victoire Âpprends-moi plus au long la véritable histoir*.
n. RODRIGUE.
Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant, Qui jeta dans la ville un effroi si puissant, Une lroup«* d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encor toute troublée... Mais, sire, pardonnez à ma témérité.
Si j'osai reiiipliiyer sans votre autorité; l>e péril apprn»lioil, U-u:" brij;ade étoit prête; ile monlraul à la cour, je Sasardois ma tète : Et, s'il la falloit {»erdre, il m "^jit bien plus doux De sortir de la vie en coiiibaltant pour vous.
LK ROI
J'excuse ta rlialeur à venger ton offense; El l'étal (IHendu me parle cii ta défense :
r2 LE CID.
Crois que dorénavant Chiinonc a beau parler. Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mafs, poursuis
D. RODRIGUE
Sous moi donc cette troupe s'avance, Ll porte sur le front une mâle assurance : Nous partîmes cinq cents, mais, par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, Tant à nous voir marcher avec un tel visage Les plus épouvantés reprcnoient de courage! Jen cache les deux tiers aussitôt qu'arrivés Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés : i.e reste, dont le nombre augmentoit à toute heure, Biûlant d'impatience autour de moi demeure, Se couche contre terre, et, sans faire aucun bruit, ('asse une bonne part d'une si belle nuit, t^ar mou commandement la garde en fait de même, Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème ; Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à toas> Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles; L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer; tout leur paroît tranquille; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits. Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris ; ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent. Et courent se livrer aux mains qui les attendent * Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants; Les nôtres, au signal, de nos vaisseaux lépondenf; Ils paroissent armés, les Maures se coufoudent;
'Toutet les expressions sont simples; ce sont celles dont se servira tota bomme qui voudra nommer les clioses dont parle le Cid ; mais le Cid ne parle que des choses qui valent la peine d'èlre nommées toutes les circonstances nécessaires, et les circonslances nécessaires seules, c'est là ce qu'il nom montre, parce que c'est là ce qu'il a vu, ce qu'il a dû voir dans la position où ii iTMt placé, et ce qui nous trausporte dans cette position. Vo^'à i>i poe'sie.
\Guizot.) * TàE> Lci nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux ropoudcnt.
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L'épouvante les prend à demi dcscfiidiis ;
Avant qiip do ooinhatlrc il< s'oslimcnl pordns.
Us coiiroient au pilla^^c, cl lonroiilient la guerre;
.Vous les pressons sur l'eau, nous les piossons sur terre,
! t nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,
\vant qu'auiun résiste ou reprenne son rang.
Mais bientôt, inalpré nous, leurs princes les rallieat,
l/eur courage renaît, et leurs terreurs s'ouI)lienl :
La honte de mourir sans avoir combattu
Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu.
Contre nous de pied ferme ils tirent leurs épées * ,
Des plus braves soldats les trames sont coupées;
tt la terre, et le fleuve, et leur flotte, el le port.
Sont des champs de carnage où triomphe la mort.
0 combien dactions, combien d'exploits célèbres
Furent ensevelis dans l'horreur des ténèbres*,
• •ù chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait;
Ne pouvoit discerner où le sort iaclinoit!
J'allois de tous côtés encourager les nôtres.
Paire avancer les uns, el soutenir les autres,
Ranger ceux qui venoient, les pousser à jpur tour,
lit ne Tai pu 8a\oir jusques au point du Jour.
Mais enfin sa clarté montre notre avantage ;
le Maure voit sa perte, et soudain perd courage :
Kl voyant un renfort qui nous vient secourir,
L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.
Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les càblet-
Nous laissent pour adieux des cris épouvantables •,
font retraite en tumulte, et sans considérer
Si leurs rois a\ec eux j)euveut se retirer.
Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop ûjrle;
Le flux les apporta, le reflux les remporte;
Ce|>endanl que leiu's rois, engagés parmi nous,