‹ uvres des deux CorneilleChapitre 62 sur 433 · SCÈNE II. — L'INFANTE, Mate · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — L'INFANTE, Mate

Téfouterai-je cnror, respect de ma naissance,

Qui fais un crime de mes feux?

T'é(oulerai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes vœui?

l*an\re princesse, auquel des deux

Dois-lu prèlei' obéissance.' Bodrigue, ta valeur le rend digne de moi; Mais i^K}ur être vaillant tu n'i-s pas tils de roi

S2 LE Cil).

Impitoyable sort, (îoiil !a iif;noiir sépare

Ma gloire d'avec mes <icsirs, Est-il (lit que le choix d'une vertu si rare Coûte à ma passion do si grands déplaisirs?

0 cieux ! à combien de soupirs

Faut-il que mon cœur se prépare, Si jamais il n'obtient sur un si long tourment Ni d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amanl.?

Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne

Du mépris d'un si digne choix :

Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me donne, Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois.

Après avoir vaincu deux rois

Pourrois-lu manquer de couronne?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir sur qui lu dois régner?

Il est digne de moi, mais il est à Chimène;

Le don que j'en ai fait me nuit.

Entre eux la mort d'un père a si peu mis de haine, Que le devoir du sang à regret le poursuit :

Ainsi n'espérons aucun fruit

De son crime, ni de ma peine, Puisqus pour me punir le destin a permis Que l'amour dure même enti-e deux ennemis.

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