‹ uvres des deux CorneilleChapitre 70 sur 433 · EXAMEN DU CID · texte numérisé non relu

EXAMEN DU CID

qu'on sache qu'elle l'aiiore et le poursuit, ce n'est point une résolution si ferme, qu'elle l'empêche de cacher son amour de tout son pouvoir lorsqu'elle est en la présence du roi. S'il lui échappe «le l'encourager au combat contre don Sanche par ces paroles :

Son vainqueur d'un combat dont Chimène est le prii,

elle ne se contente pas de s'enfuir de honte au même moment; mais sitôt qu'elle est avec Elvire, à qui elle ne déguise rien de ce qui se p.isse dans son âme, et que la vue de ce cher objet ne lui fait plus de violence, elle forme un souhait plus raisonnable, qui satisfait sa vertu et son amour tout ensemble, et demande au ciel qut le combat se termine

Sans faire aucun des deux ni vaincu, ni vainqueur.

Si elle ne dissimule point qu'elle penche du côté de Rodrigue, de peur d'être à don Sanche, pour qui elle a de l'aversion, cela ne détruit point la protestation qu'elle a faite un peu auparavant que, malgré la loi de ce combat, et les promesses que le roi a faites à Rodrigue, elle lui fera mille autres ennemis, s'il en sort victorieui. Ce grand éclat même qu'elle laisse faire à son amour après qu'elle le croit mort est suivi d'une opposition vigoureuse à l'exécution de cette loi qui la donne à son amant, et elle ne se lait qu'après que le roi l'a différée, et lui a laissé lieu d'espérer qu'avec le temps il y pourra survenir quelquî obstacle. Je sais bien que le silence passe d'ordinaire pour une marque de consentement; mais, quand les rois parlent, c'en est une de contradiction ; on ne manque jamais à leur applaudir quand on entre dans leurs sentiments; et le seul moyen de leur contredire avec le respect qui leur est dû, c'est de se taire, quand leurs ordres ne sont pas si pressants qu'on ne puisse remettre à s'excuser de leur obéir lorsque le temps en sera venu, et conserver cependant une espérance légitime d'un empêchement qu'on ne peut encore déterminément prévoir.

Il est vrai que, dans ce sujet, il faut se contenter de tirer Rodrigue de péril, sans le pousser jusqu'à son mariage avec Chimènc. Il est historique, et a plu en son temps; mais bien sûrement il deplairoil au nôtre; et j'ai peine à voir que Cliimène y ronscnte chez lauteur espagnol, bien qu'il donne plus de trois ans de durée à la comédie qu'il en a faite. Pour ne pas contredire l'histoire, j'ai cru ne me pouvoir dispenser d'en jeter (luct .(ue idée, mais avec incertitude de l'effet; et ce nétoil que pd ia i|ue je pouvois accorder la HSMéance du théâtre avec la vérité de l'événement.

Lej deux visites que Kvirigue fait à sa maîtresse ont (piclque chose qui clioque celte bienséance de la part de celle qui le*

Page 1