EXCUSE A ARISTE
ce nialhoureux amant qu'ils ont vu forcé, par ce qu'il devoit à son lionncur, d'en venir à celte extrémité, malgré l'intérêt et la tendresse de son amour.
VERS DE CORNEILLE A l'occasion de la querelle du cid.
KXCUSK A ARISTE.
Ce n'est donc pas assez ; et de la part des Muses,
Ariste, c'est en vers qu'il vous faut des excuses;
Et la mienne pour vous n'en plaint pas la façon :
Cent vers lui coûtent moins que deux mots de chansonj
Son feu ne peut agir quand il faut qu'il s'explique
Sur les fantasques airs d'un rêveur de musique.
Et que, pour donner lieu de paroître à sa voix.
De sa bizarre quinte il se fasse des lois,
Qu'il ait sur chaque ton ses rimes ajustées.
Sur chaque tremblement ses syllabes comptées.
Et qu'une foible pointe à la fin d'un couplet
En dépit de Phébus donne à l'art un soufflet :
Enfin cette prison déplaît à son génie;
Il ne peut rendre hommage à cette tyrannie;
Il ne se leurre point d'animer de beaux chants.
Et veut pour se produire avoir la clef des champs.
C'est lors qu'il court d'haleine, et qu'en pleine carrièfC,,
Quittant souvent la terre en quittant la barrière.
Puis d'un vol élevé se cachant dans les cieui,
II rit du désespoir de tous ses envieux.
Ce trait est un peu vain, Ariste, je l'avoue;
Mais faut-il s'étonner d'un poëte qui se loue?
Le Parnasse, autrefois dans la France adoré,
Faisoit pour ses mignons un autre âge doré;
Notre fortune enfloit du prix de nos caprices.
Et c'étoit une banque à de bons bénéfices :
Mais elle est épuisée, et les vers à présent
Aux meilleurs du métier n'apportent que du vent;
Chacun s'en donne à l'aise, et souvent se dispense
A prendre par ses mains toute sa récompense.
Nous nous aimons un peu, c'est noire foible à tous;
Le prix que nous valons, qui le sait mieux que nous?
Et puis la mode ea est^ et la cour l'autorise.
EXCUSE A AHlSiE. !M
Nojs parlons de nous-niême avec toute fcanclùsc; La fau^sc •uimilité ne met plus eu crciiit. Je sais ce que je vaux; et crois ce qu'on m'en ilit. Pour me faire admirer je no fais point de liffue; J'iii peu de voix pour moi, mais je les ai sans bri^^n^ Et mon ambition, pour faire idiis de bruit, Ne les v,i point quètor de réduit en réduit; Mon travail s.ins appui monte sur le théâtre; • Chacun en liberté l'y blâme ou l'idolâtre : Là, sans que mes amis prêchent leurs sentiments, J'arrache quelquefois leurs applaudissements; Là, content du succès que le mérite dAine, Par d'illustres avi^ je n'éblouis personne; Je satisfais ensemble et peuple et courtisans. Et mes vers <mi tous lieux s(mt mes seuls partisans; Par leur seule beauté ma plume est estimée; Je ne dois qu'à moi seul toute' ma renommée; Et pense toutefois n'avoir point de rival A qui je fasse tort en le traitant d'égal. Mais insensiblement je donne ici le chancre; Et mon esprit s'éçrare en sa propre louante : Sa douceur me .séduit, je m'en laisse abuser. Et me vante moi-même, au lieu de m'excuser. Revenons aux chf.nsons que l'aïuitié demande. J'ai brûlé fort Iou/-temps d'une amour assez grande. Et que jusqu'au tombeau je dois bien estimer, Puisque ce fut par là que j'appris à rimer. Sfon bonheur comuiença quand mon àmc fut prise. Je gagnai de la gloire en perdant ma franchise. Charmé <le lieux beaux yeux, mon vers cha'-ma la cou? Et ce que j'ai «le nom je le dois à l'amour. J'adorai donc Pbylis; et la secrète estime Que ce divin esprit faisoil de notre rime Me fit devenir poète aussitôt qu'amoureux : Elle eut mes premiers vers, elle eut mes premiers feus Et bien que maintenant cette belle inhumaine Traite mon souvenu avec un peu de haine, Je me trouve toujours en état de l'aimer; Je me sens tout ému quand je l'entends nommer. Et par le doux etfet d'une prompte tendresse ftliiu cœur sans mou iiseu rccoimoil sa inaitresae. Apiès beaucoup de virt.x et de soumissions Un malheur rompt le cours clc nos airedious ; Mais toute mon amour itc elle consommée. Je ne vois rien d'aimable après l'avoir aimi-a : Aui»> ^aimai-je pluS: ai nul objet vuinquei»'
400 )&ONDEAU.
N'a possédé di^puis ma veine nî mon crcur.
Vous le tlirai-jc, ami? tant qu'ont duré nos flainniHP.
M;i muse également cbatouilloit nos deux âmes ;
Elle avoit sur la mienne un absolu pouvoir :
J'aimois à le décrire, elle ta le recevoir.
Une voix ravissante, ainsi que son visage,
La faisoit app ler le phénix de notre âge;
.^t souvent de sa part je me suis vu presser
Pour avoir de ma main de quoi mieux l'exerce».
Jugez vous-même, Ariste, à cette douce amorce,
Si mon génie étoit pour épargner si force :
Cependant mon amour /le père de mes vers,
Le fils du plus bel œil qui fût en l'univers,
A qui désobéir c'étoit pour moi des crimes.
Jamais en sa faveur n'en put tirer deux rimes;
Tant mon esprit alors, contre moi révolté.
En haine des chansons sembloit m'avoir quitUÎ;
Tant ma veine se trouve aux airs mal assortie.
Tant avec la musique elle a d'antipathie;
Tant alors de bon cœur elle renonce au jour :
Et l'amitié voudroit ce que n'a pu l'amour !
N'y pensez plus, Ariste ; une telle injustice
Exposeroit ma muse à son plus grand supplie*.
Laissez- la toujours libre agir suivant son choiiU
Céder à son caprice, et s'en faire des loi*.