RONDEAU
Qu'il fasse mieux, ce jeune jouvencel, A qui le Cid donne tant de martel.
Que d'entasser injure sur injure, Rimer de rage une lourde imposture.
Et se cacher ainsi qu'un criminel.
Chacun connoît son jaloux naturel.
Le montre au doigt comme un fou solennel. Et ne croit pas eu sa bonne écriture
Qu'il fasse mieux.
Paris entier ayant vu son cartel.
L'envoie au diable, et sa muse au b......
Moi, j'ai pitié des peines qu'il endure î Et comme ami je le prie et conjure.
S'il veut ternir un ouvrage immortel.
Qu'il fasse mieux.
TIM BEt PIÈCES 8UK LS Cl»
nORAGE*,
TRAGÉDIE
NOTICE
Les critiques qui ont jun;e Horace au point de vue du classicisme pur, reprochent à l'auteur d'avoir violé l'unité d'action. « Il y a trois tragédies dans Horace, n a dit Voltaire. Vicforin Fabre dit à son tour : « Il y a trois actions, dont aucune peutêtre ne pouvait fournir le sujet d'une tragédie française bien ordonnée. La première action finit à la seconde scène du quatrième acte; il s'agi sait du sort de Rome et de la famille d'Horace; le destin d Rome est décidé, celui de la famille d'Horace semble l'être. L seconde action commence et finit en un moment par le meun e >!i' Camille; le péril du meurtrier, presque aussitôt absous qu'accusé de son crime, remplit le reste de l'ouvrage et finit la troisième action. » On verra plus loin, dans l'Examen, que Corneille lui-même faisait le même reproche à sa pièce; mais ici encore, à force de grandeur et de majesté, fl est sorti vainqueur de tous les embarras du sujet. « Quelle floire pour Corneille, dit Geoffroy, d'avoir pu tirer d'un si mau« vais fond une si belle tragédie!... C'e>t toujours un grand objet, ■n objet intéressant qu'il nous présente; c'est l'intérieur d'un* ie ces anciennes familles de Rome dont les mœurs simples et fcrtucuses, les passions vives et fortes, les sentiments nobles el fiers, sont citrêmenient dramatiques.» Tout en blâmant le cboi] du sujet, comme Voltaire et la plupart des autres critiques, ht Harpe reconnaît que de tous les ouvrages de Corneille « Horaci eft celui où il a dû le plus à son génie. Tout est de création. Let trois premiers actes, pris séparément, sont peut-être, malgré let
' C'est le titre qoe Corneille doona toajoun i celte Iragédie. Celui de* fforjtj-J ' prérala depoii dam la converution et tar les af&cbes des spectacles.
(Vuluire.) rei cette tragédie avec Tile-Live, liv. I, cba(>. xxui cl suit.
402 NOTICE SUli IIOnACE.
défauts qjii s'y im'lciit , ce qu'il .1 l'ait ■! i plus sublime, et ei même temps c'est là qu'il a mis le plus d'art. »
Si, de l'appréciation générale de la ti-agédic d'Horace, nous passons maintenant aux critiques de détail, nous voyons que l'un des reproches qui ont été le plus souvent adressés à Corneille, c'est d'avoir exapéré la dureté du caractère romain, principalement en ce qui touche le vieil Horace. Voici comment M. Saint- Marc Girarilin a discuté la question, et, suivant nous, rnmpléte- Btent jiistifié^otre poëfe :
« Dans Corneille, l'amour paternel a un caractère particulier de fermeté et de grandeur. An premier coup d'œil, il <emhk que don Diègue et le vieil Horace manquent de tendresse : ils n'ont pas, du moins, ce qui cliez nous passe ponr le signe de la tendresse, je veux dire cette faiblesse et cette agitation que nous appelons sensibilité. Mais prenez ces grandes âmes dans les moments où elles ne se surveillent plus, dans ces moments où quelque coup inattendu ôte à rhr)mme l'empire qu'il a sur luimême ; prenez le vieil Horace quand ses tils partent pour le combat :
Ah I [dit-il) n'attendrissez point ici mes sentimootsl Pour vous encourager ma voix manque de termes, etc. (Acte n, srrne Tlll.)
• Voilà la tendresse comme doit la ressentir une grande âme qui se trouble et avoue son trouble. Ce vieillard, qui paraît iuipitoyable et dur, sait même consoler sa fille et sa bru, Camille et Sabine, et les consoler comme on console, c'est-à-dire iii incnant part à leurs peines, en les ressentant. Ainsi, lorsqu'en dépit des Horaces et des Curiaces, Rome et Albe ont paru votdoir chercher d'autres combattants :
Je ne le cèle point [dit-il], j'ai joint mes voenx aux vôtres.
SI le ciel pitoyable eût écouté ma voix,
A.ibe serait réduite à faire un autre choix, etc.
(Acte III, scène t.)
» Ainsi, tout Romain qu'il est, il aurait mieux aimé poiu- ses flls moins de gloire et moins de dangers, et il ne cache pas à ses filles la douleur qu'il a ressentie. Mais les dieux le veulent et la gloire de Rome l'ordonne : il se soumet. Dirons-nous, pour cela que le vieil Horace aime sa patrie plus qu'il n'aime ses enfants? Non; cela montre seulement que le vieil Horace n'a pas pour la patrie les mêmes sentiments que pour ses fils : il aime ses enfants avec faiblesse et avec émotion, comme nous les aimoijj tous; mais il aime sa patrie avec une sorte de fermeté décidée à tout faire et à tout souffrir pour elle. '
» Dans le vieil Horace, l'amour paternel éclate surtout quand
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d'arcftrd avec le devoir, il n'a plus à se contraindre. Voyez cette ■cène où il sait enfin que son (ils a fait triompher Rome, et qu'il est vainqui ur et vivant :
O mon (ils ! 6 ma jnie ! ô l'honiirar de nos jnani O d'un étal penchant l'inespéré seconrs! etc.
(Acte rv, tciat n.]
• Il pli'urt' alors >aii> plus vouloir se caclier, ce vieux Romain qui, au départ de ses filles, s'accusait d'avoir les linnes aux yeux: il pleure, et ses lartues de joie nous tourhcnt plus vivement encore que ses larmes d'inquiétude , parce qu'elles nous découvrent le fond de cet amour paternel qui, jusque-là, se dérobait à nos yeux avec une sorte de pudeur.
» Tel est le vieil Horace, tels sont les pères dans Corneille : vraiment hommes, parce qu'ils ont tous les sentiments humains; mais prêts à sacrifier ces sentiments aux choses qui sont supérieures au cœur de l'homme et qui font sa loi. »
Après avoir montré ce que l'on doit penser du vieil Horace en sa qualité de cht-f d'une famille romaine, et pour mieux faire apprécier sa conduite en de certaines fitiiations, M. Saiut-.Mare Girardin définit la paternité d'après les lois et les mœurs de Rome :
« Jus autem. jiottstntis qvod m libéras hnhemus, dit Gaïus copié par Justinien dans ses liistitules, proprinm est cmum romanoTum; nulli enim alit sunt homines qui talem in liberox habeant potestatem, qmlem nos habemua. Le Romain avait droit de vie et de mort sur les enfants ; il pouvait les vendre jusqu'à trois fois, selon la loi des Douze Tables. Le fils avait beau se marier et avoir des enfants, il n'en appartenait pas moins à son père avec sa fempie et ses enfants. Le consulat même n'affranchissait pas le fils de« liens de l'autorité paternelle, et la loi politique s'inclinait devant la loi civile. Le sentiment dt cette toute-puissance devait donner à l'amour paternel, chez les Romains, un caractère particulier lie dignité : !<■ i>ère se sentait magistrat. Aussi, dans Corneille >]uand le vieil Horace apprend la fuite de son fils, il n'hésite p«f i le condamner, et il jure qu'il le punira :
J'en iltMte de» dieux les suprêmes pni«ances, AtibI re jonr Uni, cet maint, ces propres inaint LaTeroDt dans son sang la honte des Romains!
(Acte III, scène »I.)
> Ne demandez donc pas au père de famille investi d'une pa- ''eifle puissance, ne lui demandez pas les mollesses de l'amour paternel tel que nous le connaissons. Dans la société romaine, le père aviil une foi inébranlable en son autorité, qu'il sentait émauée de la iitture et coulirmée par les lois et les mœurs d«