EPITRE AU DUC DE RICHELIEU
mon choix, et que ce généreux Romain^ qup je mets aux pieds d* Voire Éminence, eût pu paroître dcvaut elle avec moins de honte, si les forces de l'artisan eussent répondu à la dignité de la matière : j'en ai pour garant l'auteur dont je l'ai tirée, qui commence à décrire cette fameuse histoire par ce glorieux éloge, « qu'il n'y a presque aucune chose plus noble dans toute l'anti- » quité. » Je voudrois que ce qu'il a dit de l'aclion se pût dire de la peinture que j'en ai faite, non pour en tirer plus de vanité, mais seulement pour vous oITrir quelque chose un peu moins indigne de vous être offert. Le sujet étoit capable de plus de grâces, s'il eût été traité d'une main plus savante; mais du moins il a reçu de la mienne toutes celles qu'elle étoit capable de hn donner, et qu'on pouvoit raisonnablement attentlrc d'une muse de province qui, n'étant pas assez heureuse pour jouir souvent des regards de Voire Eminencc, n'a pas les mêmes lumières à se conduire qu'ont celles qui eu sont continuellement éclairées. Et certes, Monseigneur, ce changement visible qu'on remarque en mes ouvrages depuis que j'ai l'honneur d'être à Votre Eminencc, qu'est-ce autre chose qvi'uij effet des grandes idées qu'elle m'inspire quand elle daigne souffrir que je lui rende mes devoirs? et à quoi peut-on attribuer ce qui s'y mêle de mauvais, qu'aux teintures grossières que je reprends quanti je demeura abandonné à ma propre foiblesse? Il faut, Monseigneck, que tous ceux qui donnent leiu's veilles au théâtre publient hautement avec moi que nous vous avons deux obligations très signalées : l'une, d'avoir ennobli le but de l'art; l'autre, de nous en avoir facilité les connoissances. Vous avez ennobli le but de l'art, puisqu'au lieu de celui de plaire au peuple que nous presciivent nos maîtres, et dont les deux plus honnêtes gens de leur siècle, Scipion et Lélie, ont autrefois protesté de se conlcnfcr, vous nous avez donné celui de vous plaire et de vous divertir; et qu'ainsi nous ne rendons pas un petit service à l'état, puisque, contribuant à vos divertissements, nous contribuons à l'entretien d'une santé qui lui est si précieuse et si nécessaire. Vous nous en avez facilité les connoissances, puisque nous n'avons plus besoin d'autre étude pour les acquérir que d'attacher nos yeux sur Votre Éminence quand elle honore de sa présence et de sou attention le récit de nos poèmes; c'est là que, lisant sur son visage ce qui lui plaît et ce qui ne lui plait pas, nous nous instruisons avec certitude de ce qui est bon et de ce qui est mauvais et tirons des règles infaillibles de ce qu'il faut suivre et de et qu'il faut éviter. C'est là que j'ai souvent appris en deux heures ce que mes livres n'eussent pu m'apprendre en dix ans; c'est l que j'ai puisé ce qui m'a valu l'applaudissement du public, et c'e là qu'avec votre faveur j'espère puiser assez pour être un jou ane œuvre digne d vos niAÎDs. Ne trouvez donc pas mauvais,