‹ uvres des deux CorneilleChapitre 78 sur 433 · SCÈNE I» - SABINE, JULIE · texte numérisé non relu

SCÈNE I» - SABINE, JULIE

SABINE

Approuvez ma foiblesse, et souffrez ma douleur;

Elle n'est que trop juste en un si grand malheur :

Si près de voir sur soi foudre de tels orages,

L'ébranlement sied bien aux plus fermes courages >

Et l'esprit le plus mâle et le moins abattu,

Ne sauroit sans désordre exercer sa vertu.

Quoique le mien s'étonne à ces rudes alarmes,

Le trouble de mon cœur ne peut rien sur mes larmes,

Et, parmi les soupirs qu'il pousse vers les cieux,

Ma constance du moins règne encor sur mes yeux :

Quand on arrête là les déplaisirs d'une âme,

Si l'on fait moins qu'un homme, on fait plus qu'une femme;

G)mmaader à ses pleurs en cette extrémité.

C'est montrer pour le sexe assez de fermeté.

JULIE

C'en est peut-être assez pour une âme commune.

Qui du moindre péril se fait une mfortune;

Mais de cette foiblesse un grand cœur est honteux ;

Il ose espérer tout dans un succès douteux.

Les deux camps sont rangés au pied de nos murailles ;

' Corneille, dans l'Examen des Uoracest dit (jue le personnage de Sabme e«t keureusement inventé, mais qu'il ne sert pas plus à l'action que l'Infante à ceila iv Cid.

Il est vrai que ce rôle n'est pas nécessaire à la pièce : mais i'osc. xi être moins sévère tjue Corneille ; ce rôle est du moins incorporé i la tragédie : ï'esr une femme qui tromWe pour son mari et pour son frère. Elle ne cause aucun ëvénemenl, il est vrai, c'est un défaut sur un théâtre aussi perfectionné quel* nôtre; mais elle prend part à tous les cvcnements, et c'est beaucoup pour un temps ou l'art commençait à naître.

Observez que ce personnage débite souvent de très beaux vers, et qu'il tait l'exposition du sujet d'une manière très intéressante et très uoMe.

(ToUïire.) .

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