‹ uvres des deux CorneilleChapitre 79 sur 433 · ACTE I, SCK.NK I. Ul · texte numérisé non relu

ACTE I, SCK.NK I. Ul

Mais Honip ii^i'iro rMicoi- ciMinno on poni dos hntnillps. Loin do Iromblor ponr elle, il lui faut ap;ilandir : Pnisqn'olk" va rnniltattio, rllc va s'agrandir. Bannissez, bannissez une frayeur si vaine, El concevez des vœux dignes d'une Romaine.

SABINE

Je suis Romaine, hélas! puisque Horace est Roinaio *; l'en ai reçu le litre en reee\ant sa main; Mais ce nœud me liendroit en esclave enchaînée, S'il m'empèchoil <le voir en quels lieux je suis née. Albe, où j'ai eomineiicé do respirer le jour, Albe, mon cher pays, et mon premier amour; Lorsqu'entre nous cl loi je vois la guerre onverte, Je crains notre victoire autant que notre perte.

Rome, si lu te plains que c'est là te trahir, Fais-toi des ennemis que je puisse haïr. Quand je vois de tes murs leur armée et la nôtre, Mes trois frères dans l'une, et mon mari dans l'anli^j Puis-je former des vœux, et sans impiété Importuner le ciel pour la félicité?

Je sais que ton état, encore en sa naissance, Ne sauroit, sans la guerre, aff<'rmir sa puissance; Je sais qu'il doit s'accroître, et que tes grands destins Ne le borneront pas chez les peuples lalins ; Que les dieux t'ont promis l'empire de la terre, Et que tu n'en peux voir l'efTet que par la guerre : Bien loin de m'npposer à celte noble ardeur, Qui suit l'arrêt des dieux et court à ta grandeur, Je voudrois <léjà \oir tes troupes couronnées, D'un pas victorieux franchir les Pyrénées. Va jusqu'en l'Orii ni pousser tes bataillons; Va sur les bords du Bhin planter tes pavillons; Fais trembli r sous les pas les colonnes d'Hercule, liais respecte «ne ville à qui tu <lois Romule. Ingrate, souviens-toi que du sang de ses rois Tu tiens Ion nom, les murs, et les premières lois. Albe est ton origine; arrête, et considère Que tu portes le fer dans le sein de la mère. Tourne ailleurs les efforts de tes bras triomphant*:

■ Taa. i* luii lomaine, kéUi! paltqM «ob époas l'est

M2 IIOHACK.

Sa joie ôclalcra dans l'herr do ses oiifanls; Et, se laissant ravir à raiiiour nialcrnollc, Ses vopux seront pour toi, si tu n'es plus contre ell*

JUUE.

Ce discours me surprend, vu que depuis le temps Qu'où a contre son peuple armé nos combattants, Je vous ai vu pour elle aulant d'indifférence Que si d'un sang romain vous aviez pris naissanoe. J'admirois la vertu qui réduisoit en vous Vos plus chers intérêts à ceux de votre époux; Et je vous consolois au milieu de vos plaintes, Coinme si notre Rome eût fait toutes vos craintes.

SABINE

Tant qu'on ne s'est choqué qu'en de légers combats,

Trop foibles pour jeter un des partis à bas,

Tant qu'un espoir de paix a pu flatter ma peine,

Oui, j'ai fait vanité d'être toute Romaine,

Si j'ai vu Rome heureuse avec quelque regret,

Soudain j'ai condamné ce mouvement secret ;

Et si j'ai ressenti, dans ses deslins contraires,

Quelque maligne joie en faveur de mes frères *,

Soudain, pour l'étouffer rappelant ma raison,

J'ai pleuré quand la gloire cntroit dans leur maison.

Mais aujourd'hui qu'il faut que l'une ou l'autre tombe,

Qu'Albe devienne esclave, ou que Rome succombe,

Et qu'après la bataille il ne demeure plus

Ni d'obstacle aux vainqueurs, ni d'espoir aux vaincus,

J'aurois pour mon pays une cruelle haine,

Si je pouvois encore être toute Romaine,

Et si je demandois votre triomphe aux dieux.

Au prix de tant de sang qui m'est si précieux.

Je m'attache un peu moins aux intérêts d'un homme;

Je ne suis point pour Albe, et ne suis plus pour Rome;

Je crains pour l'une et l'autre en ce dernier effort,

Et serai du parti qu'aftligera le sort.

Égale à tous les deux jusques à la victoire,

Je prendrai part aux maux sans en prendre à la gloire ;

* La jote de« snccës de sa patrie et d'un frère peut-elle être appelée matignt t KUt «tt natorelle : on pouvait dire, un* ttcrèiijoie en faveur de mes frèret.

(VoltaireJ

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