SCÈNE I. — HORACE, CURIACE
CURIACE
Ains) Homo n'a point sc-paré son esliino;
Elle cùl cru faire ailleurs un choix illô'jilinie :
Celte superbe ville eu vos frères et vous
Trouve les (rois guerriers qu'elle préfère à tous,
Et sou illustre ardeur d'oser plus que les autres
Ii'une seule maison brave toutes le-^ nôtres * :
Nous croirons, à la voir tout entière en vos mains,
Que hors les fils d'Horace il n'est point de Romains.
Ce choix pouvoit combler trois familles de gloire,
Consacrer hautoment leurs uoms à la mémoire :
Oui, l'honneur que re(;oit la vôtre par ce choix
En pouvoit il bon titre immortaliser Irois;
Et puisque c'est chez vous que mon heur et ma tlamme
M'ont fait placer ma sœur et choisir une femme,
Ce que je vais vous être et ce que je vous suis
Me font y prendre part autant que je le puis :
Mais un autre inléicl fient ma joie en conirainte,
Et parmi ses douceurs mêle beaucouj) de crainte :
La guerre en tel éclat a mis votre valeur,
Que je tremble pour Albe et prévois son malheur :
Puisque vous combattez, sa perte est assuiée,
En vous faisant nommer, le destin l'a jurée.
Je vois trop dans ce choix ses funestes projets,
Et me compte déjà pour un de vos sujets.
nORACE.
Loin de trembler pour Albe, il vous faut plaindre Home Voyant ceux qu'elle oublie, et les trois qu'elle nomme. C'est un aveuglement pour elle bien fatal D'avoir tant à choisir, et de choisir si mal. Mille dj ses enfants beaucoup plus dignes d'elle Pouvoient bien mieux que nous soutenir sa querelle : Mais quoique ce combat me promette un ceicueil,
' Tah. Et De Dooi oppotaut d'autres bra» que le> vùtres, etc.
122 HuflACE.
La ;;Ii)irp de ce ch.Vix m'enfle d'un juste orgueil; Mon esprit en conçoit une mâle assuranie; J'ose espérer beaucoup de mon peu de vaillance; Va du sort envieux quels que soient les projets, Je ne me compte point pour un de vos sujets. Home a trop cru de moi ; mais mon âme ravie Hemplira son alteute, ou quittera la vie. tiui veut mourir, ou vaincre, est vaincu rarement; Ce noble désespoir périt malaisément *.
Rome, quoi qu'il en soit, ne sera point sujette Que mes derniers soupirs n'assurent ma défaite.
CURIACE
Hélas ! c'est bien ici que je dois être plaint.
Ce que veut mon pays, mon amitié le craiot,
Dures extrétnités, de voir Albe asservie,
Ou sa victoire au prix d'une si chère vie,
Et que l'unique bien où tendent ses désirs
S'achète seulement par vos derniers soupirs!
Quels vœux puis-je former? et quel bonheur attendre?
De tous les deux côtés j'ai des pleurs à répandre;
L)c tous les deux côtés mes désirs sont trahis.
HORACE
Quoi! vous me pleureriez mourant pour mon pays! Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes; La gloire qui le suit ne souffre point de larmes, Kt je le recevrois en bénissant mon sort, Si Rome et tout l'état perdoient moins en ma mort.
CURIACE
A vos amis pourtant permettez de le craindre; Dans un si beau trépas ils sont les seuls à plaindre : La gloire en est pour vous, et la perte pour eux; 11 vous fait immortel, et les rend malheureux : On perd tout quand on perd un ami si fidèle. Mais Flavian m'apporte ici quelque nouvelle.