‹ uvres des deux CorneilleChapitre 85 sur 433 · ACTE 1, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IV

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(uuiAcr.

L'aui oit-on jamais cru? iK'jà les deux armées, D'une é'jalf clialeur au combat auimécs, Se ni(<ua(;oient des yeux, cl, marciianl ticrcmcnt, K'alleiuloionl, pour douncr, que le commaudiMuenl, Quand notre ilictatour devant les rangs s'avance, ' Demande à votre prince un inonuiil de silence; El, lavant ohlenu : « Que faisons-nous, Romains, Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains*'' Souffrons que la raison éclaire enfin nos âmes : Nous sommes vos voisins, nos filles sont vos l'ommes. Et riiymea nous a joints par tant et tant de nœuds, i^'u'il est peu de nos fils qui no soient vos neveux; Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en deux villei Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles, (•ù la mort des vaincus afioiblit les vainqueurs. Kl le plus beau triomphe est arrosé de pleurs' Nos ennemis communs attendent avec joie Ou'un des partis défait leur donne l'autre en proie, Lassé, demi-rompu, vainqueur, mais, pour tout fruit, Dénué d'un secours par lui-même détruit. Ils ont assez long-temps joui de nos divorces; Contre eux dorénavant joignons toutes nos forces^ Et noyons dans l'oubli ces petits différends Qui de si bons guerriers font de mauvais parents. Que si l'ambition de commander aux autres Fait maicher aujourd'hui vos troupes et les nôtres, l'ourvu qu'à moins de sang nous voulions l'apaiser, Elle nous unira, loin de nous diviser.

Nommons des combattants pour la cause commune ; Que chaque peuple aux siens attache sa fortune; El, suivant ce (jue d'eux ordonnera le sort. Que If parti plus foible obéisse au plus fort* : Mais, sans indignité pdur des guerriers si braves. Qu'ils devienneut sujets sans devenir esclaves, Sans honte, sans tribut, et sans autre ri;;ueur Que de suivre en tous lieux les drapeaux du vainqueur, Ainsi nos deux états ne feront qu'un empire. » 1 semble qu'à ces mots notre discorde expire :

■ Ce diKoiiR est imite de Tite-Live, Ut. I, eliap. 23 et iuiv. * Vak. Q)ie le Toible parti prenne lot du pliu TorL

«20 iiohAcr:.

Chacun, jetant les yecx dans un rang ennemi,

Reconnoîl un beau-frère, un cousin, un ami;

Us s'étonnent comment leurs mains, de sang avides,

Voloient, sans y penser, à tant de parricides,

Et font paroître un front couvert tout à la fois

D'horreur pour la bataille, et d'ardour pour ce choix.

Enfin l'offre s'accepte, et la paix désirée

Sous ces conditions est aussitôt jurée :

Trois combattront pour tous; mais, pour les mieux choisir,

Nos chefs ont voulu prendre un peu plus de loisir :

Le vôtre est au sénat, le nôtre dans sa tente

CAMILLE

0 dieux, que ce discours rend mon âme cout'inle!

CURIÂCE.

Dans deux heures au plus, par un commun accord,

Le sort de nos guerriers réglera notre sort.

Cependant tout est libre, attendant qu'on les nomme.

Rome est dans notre camp, et notre camp dans Rome;

D'un et d'autre côté l'accès étant permis.

Chacun va renouer avec ses vieux amis.

Pour moi, ma passion m'a fait suivre vos frères;

Et mes désirs ont eu des succès si prospères.

Que l'auteur de vos jours m'a promis à demain

Le bonheur sans pareil de vous donner la main.

Vous ne deviendrez pas rebelle à sa puissance?

CAMILLE

Le devoir d'une fille est dans l'obéissance.

CCRIACE.

Venez donc recevoir ce doux commandement. Qui doit mettre le comble à mon contentement.

CAMILLE

Je vais suivre vos pas, mais pour revoir mes frère». Et savoir d'eux encor la fin de nos misères.

JULIE

Allez, et cependant au pied de nos autels l'irai rendre pour vous grâces aux immortels

rlN DU PREMIER ACTE.

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