‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 34 sur 59 · POLYDORE · texte numérisé non relu

POLYDORE

ndore, les derniers de mes vœux seraient comblés! « Grands dieux! ajouta-t-il, vous le savez, je n'ai vécu «jusqu'à ce moment que dans l'espérance de la voir «encore: ennemi trop généreux, vous me rendez « l'espoir ; vous finiriez mes maux si le destin n'avait « pas résolu de les rendre éternels. »

Straton interrompit ces expressions de reconnaissance, afin de chercha les moyens les plus propres à tromper la vigilance des soldats crétois. Polydore était jeune , et sa beauté pouvait aisément le Ëiire passer pour une fille : la blancheur de son teint , la délicatesse de ses traits firent naître cette idée dans l'esprit de Straton : le jeune amant la saisit avec ardeur ; il se jeta mille fois aux genoux de Straton , en le nommant son libérateur et son père.

Le lendemain , au lever du soleil , Polydore se rendit sur le rivage : il attendait avec impatience le commencement du sacrifice ; il le prévenait par ses désirs ; il se disait avec transport qu'il allait voir Carite,que chaque instant le rapprochait d'elle, et qu'il y aurait un instant où il serait à ses pieds: déjà même il lui parlait, il l'entendait, il la serrait dans ses bras : enivré de ces idées flatteuses, jouissant par avance et de ses sentiments et de son bonheur, il ne songeait point aux suites de sa destinée.

Le moment du sacrifice arriva. Straton fut laissée, comme il l'avait prévu d'abord , à la garde des vais* seaux ; mais il se déroba bientôt à cet emploi pour accomplir la promesse qu'il avait faite à Polydore. Le jeune amant vit de loin la chaloupe^ et son coeur eut peine à contenir sa joie, Straton arrive, il le

prend par la main : « Venez, lui dit-il, trop malheu* «reux étranger Jouissez de la seule faveur (]^ue les «destins ennemis vous laissent; mais jurez-moi « qu'avant la fin du sacrifice vous repasserez en sia lénce sur cette même chaloupe qui doit vous race mener au rivage.» Polydore n'entendit rien, et promit tout.

Les sept jeunes filles étaient toutes ensemble dans une même prison , et l'on avait fait lùonter les sept jeunes garçons sur un antre vaisseau. Polydore , à la faveur de son déguisement passa devant les gardes Cretoises sans être reconnu, et pénétra, conduit par Straton , jusqu'à l'endroit où son amante était renfermée.

La porte s'ouvre et laisse voir tout ce que la désolation et la crainte ont de plus affreux : les cheveux épars , les yeux égarés , la tête et le sein meurtris , telles enfin que l'on voit les Ménades quand Bacchus les anime , les jeunes captives attendaient avec effroi l'instant de leur supplice. Carite était au milieu d'elles, étendue sur la terre, et levant au ciel ses mains innocentes. Polydore s'avance: l'obscurité ne lui permettait pas encore de rien distinguer ; il s'écriait : Carite*! et Carite étonnée doutait de son bonheur. Il répéta: Carite! mais Carite tâchait en vain de lui répondre : sa langue cherchait les paroles, et ne les trouvait plus. Il l'aperçoit enfin : il vole; il l'embrasse: déjà l'un et l'autre ont oublié leurs peines; ils se voient, c'en est assez : leurs soupirs , leurs cris, leur silence, leur joie et leur douleur expriment et peignent tour à tour les sentiments tumultueux de leurs âmes.

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