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Grèce, dans la Lucanie, bâtie l'an 3i3 de Rome par les Tarentins. Elle subsistait encore Fan 83o^ puisque Pline en parle: aujourd'hui elle n'existe plus, et Ton ignore Tépoque précise de sa destruction. L^s inscription» gravées sur ces deux tables de cuivre, et expliquées par M. Màzochi, sont l'ouvrage des citoyens de cette ancienne ville; mais, avant d'entrer à cet égard dans un plus grand détail, disons de quelle manière elles furent découvertes.
Sur les côtes du golfe de Tarente, entre deux rivières nommées autrefois Aciris et Siris, aujourd'hui Aff^i et /b SinnOf est un torrent connu des anciens sous le nom d'Acalandre, et maintenant: sous celui de SaUmdra ou Salandrella. On voit sur le côté droit de ce torrent un lieu nomméXuce, à cinq milles de la mer, à huit milles environ de celui où existait autrefois Héraclée, et à la même distance de l'endroit où était placée la ville de Métapont. C'est là que furent trouvées les deux tables qui font l'objet de cet article. ^
Au mois de février 17 3a, un laboureur traversait avec ses bœufs le lit du torrent , qui était pour lors à sec et couvert d'une vase molle, lorsqu'averti par le bruit que fit le pied d'un de ces animaux , heurtant contre quelque chose de solide, il chercha et découvrit la première de ces tables, qui se trouva chargée de deux inscriptions, en grec sur une face , et en latin sur l'autre. Quelques jours après on déterra la seconde, qui n'est écrite que d'un côté , et porte une inscription grecque. La pre»
d'héiiaclïe. q65
laière a quatre palmes et dix pouces de longueur sur un palme et un peu plus de cinq pouces de largeur (i), mesure de Naples. La seconde est longue ^'enyiron quatre palmes huit pouces, et large d'un palme cinq pouces. L'épaisseur est presque la même, un peu plus forte néanmoins dans la première que dans la seconde, et d'environ un tiers de pouce. Ni Tune ni l'autre ne sont entières, la première étant mutilée dans sa partie supérieure par haut, et la seconde dans l'intérieure. C'est dans cet état que le chevalier de Guevare, de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem , en avait Êiit l'acquisition, lorsqu'il apprit que l'Angleterre possédait un fragment du même genre, que Michel Maittaire avait publié avec des notes, en 1736 (a). Il se procura l'ouvrage de ce savant, et reconnut bientôt que le fragment anglais était le complément de la première de ces tables. Car, outre que chaque fragment est chargé de deux inscriptions, grecque d'un côté, et latine de l'autre, sans qu'elles aient néanmoins aucun rapport entre elles, le ca* ractère grec, le style, le dialecte et le sujet, sont absolument les mêmes. Et, ce qui ne laisse aucun
(i) Le pied ou palme de Naples est de faiût pouces sept lignes de Paris.
(i) Le même fragment fut ensuite publié par le jurisconsulte Charles Conrad ^ en 1738, à Helmstad., lib. 3, Parerg,^ page 3?o; puis par le marquis Maffei, tome III , Observ. Litter. et in Museo Veron, Muratori en avait eu une copte qu'il publia en t74o, tome II, Thesnur, Insérai
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doute, c'est que daus l'endcoit ou le» lettres do fragment anglais sont tronqua et imparfaites, le reste de leurs jambages se voit dfms la table de Naples; de sorte qu'il y a très|>eu de caractères que la fracture du nvétal ait entièrwient détruit. Ces deux morceaux réunû forment un tout, dont le fragment anglais fait le quart, et par conséqueitf celui de Naples, les trois quarts. Le chevalier de Guevare ne se vit pas plutôt possesseur de ces monuments pnécieux, qu'il résolut d'en faire présent au rot de Naples; maïs il voulut auparavant £ûre travailler à un commentaire qui leur servit d'exr plîeatioD, ouvrage dont M.iMazochi'se chai^ea, et en donner au public la cofxLe la plus exacte qu'il serait possible. Voici la manière dont il s'y prit. Il fit couvrir la table d'un papier fin, choisi exprès, mouillé légèrement , et la laissa quelqu(es jo w^ en cet état sous une presse préparée à dessein. 0|l prit toutes les précautions nécessaires pour Texactitude de l'opération qui fut répétée trois fois, parce qu'à chaque reprise on ne tirait l'empreinte que du. tiers de la table. On évita par ce moye^ des fautes pareilles à celles qui se trouvent dans ce que Maittaire, le marquis Maffei et Muratori ont publié du fragment anglais; car le papier étant ensuite appliqué sur des planches de cuivre, il était aisé de suivre avec le burin tous les traits que l'original y avait laissés. On avertît donc en conséquence les critiques de ne pas se donner la torture, pour imaginer des leçons contraires au texte des planches qu'on publie, parce qu'on est
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assclf é qo'il ^y a pas kr moindre différenee entre Foriginal et la copte (i).
Ce n'est; ici que la première psfftie de rotnrrag^ entueptis par if. tê cbanoitie Mazochi, encore ne roule-t-elle principalenient que sur Pinscription grecque de la première table. Le commeiïtaire eA précédé de trfots diseert^tion^ dont la première contient de savantes recherches sur Pétendue ^t la dénomination de la Grande -<yrèoe; la seconde tmil)e en particulier d'Héraclée et de quelques villes TOisines; et la troitsième contient dfes- remarques , tant sur le dialecte des deux inscriptions grecques que sur la forme des cataetères, avec des conjectures sur 1 âge de ces monuroteiits. N<9us nous bomeroïis aujourd'hui à cette dissertation^ parce qu'elle a on rapport plus immédiat à l'inscription comimentée dans ce voluine; les deux précédentes fourniront assez de matière pour un second extrait. Commençons par foire connaître le sujet de Tinscription.
Il y avait dans le voÂinage d'HéWkclée un terrain Consacré à Bacchus , dont plusieurs portiotis , par le laps de temps, avaient passé entre les mains de quelques particuliers. Ou résolut dans une aàsem»- Mée du peuple de remettre les choses sur l'ancien pied, et pour cet effet on choisit des arpenteurs
(i) Nam quovis deposito pignore decertamus y nusquam aliter^ quant quomodo in impressis prœlo tahuUs exhibetury in oèrè scriptuniy idque non modo litterd, sed ne apice rninus (page 7).
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qui furent chaînés de mesurer exactement toute l'étendue du domaine sacré. On connut aisément par ce moyen ce qui avait été envahi , et on rendit au dieu tout ce que des mains profanes lui avaient enlevé. Le terrain fut ensuite divisé en quatre parties, dont les dimensions furent prises, et les limites fixées avec tout le 3oin possible. Après quoi les quatre parcelles furent afiEermées à vie, sé^ parement, à quatre particuliers qui sont nommés, moyennant une redevance annuelle déterminée, et à la charge de donner des cautions dont les noms, sont au^si exprimés. Cette espèce de bail en^hythéotique , outre des clauses générales et ccmimunes à tous les fermiers, en contient d'autres particulières à chacun , et relatives à la nature du terrain qui lui était affermé. On y trouve jusqu'au nombre des pieds d'olivier et de vigne que cliaque usufruitier s'engageait de planter, les devis et les dimensions des bâtiments, d'une grange, par exemple , et d'une étable à bœufs , que chacun dans son lot était obligé de construire ; sans parler de plusieurs autres clauses qui tendent à l'entretien et à l'amélioration des champs sacrés. Telle est la matière de l'inscription ; passons à la forme.
Le caractère a des singularités dont on chercherait inutilement des exemples dans la paléographie du père Montfaucon , et dans d'autres livres de ce genre. Ce n'est pas qu'on y remarque les traits principaux qui distinguent les lettres grecques majuscules; mais on y voit des particularités accidentelles, des variétés pareilles à celles qu'on
D'H^RAGLiiB. aGg
obsefrve dans les mêmes caractères d'une langue, tracés dans des temps différents. M. Mazodû a donne dans un alphabet toutes celles que présentent sur chaque lettre les deux tables d'Hé* raclée; il y trouve deux caractères nouveaux qui l'engagent dans de profondes recherches. Le premier F y qu'il convient avoir remarqué sur des médailles et sur un vase antique , exprime une aspiration fcNTte, et répond à J'esprit rude des Grecs modernes. S'il faut l'en croire , tant que subsista dans la Grèce l'ancien alphabet apporté par les Pelages y la lettre h y servit , comme chez les Romains, pour marquer l'aspiration. Lorsqu'ensuite Simonide , qui vivait quelque temps avant Pindare et Sophocle, augmenta l'alphabet de deux voyelles longues (l'om^gY? et l'èto), Vh ne s^rit plus dans la Grèce propre qu'à désigner Vé long ; et on négligea de marquer les esprits. Mais les Grecs dltalie employèrent Y h entier pour \é long, et la moitié gauche de cette même lettre pour désigner une aspiration forte. Long-temps après , les Grecs s'avisèrent de couper cet H eu deux parties, et de Élire servir la gaudie à l'aspiration forte, comme la droite à l'aspiration £gtible. Telle (ut la première forme des esprits qui sont aujourd'hui en usage dans ht langue grecque.
L'autre caractère c ressemble au bèth renversé des Hébreux, et quoique l'auteur lui attribue cette origine, il lui donne le nom de Feue ou Bau^ avec le son de notre ^consonne, et le place dans f ancien alphabet grec au sixième rang, qui est celui
que b lettre dn même nom a da«» l'alphabet bé^ brea ou phteiden* IL convient cependant ^pte qndqwfois H porte dans ce&laUea le aan de VS, feomme dans le tnot l( dontiles Latit» ont hiAsea^. Il nous semble bien difficile de fixée généra* lement le son atta(^ à ce cttiraclère. Il pwaît seulement eenram qu'il n est autre dbose que l'ancien digamma des Soliens F. Nous aTons raémie observé, que, dans l'inscriptioB grecipie dont il s'agit , ce caractère indique ordinairement m son qui tient le milieu entre l'aspiratio» èe f esprit rude et orffe de l'esprit doux. Or, ce son n'était peut-^re pas toujours absolument le même ; c'est ainsi qud les Laisns ont rend» l'esprit rude des Grecs, tantôt par un S y comme dans sal^ sep* tem, super ^ de (Biç,âirrà (nçip; tantôt par Y F consonne, ooicomitàdiXï&ifesperayiMneti^ deéwripot, éveroc; et qndqnèfoô les Grecs eux-mêmes par un F y puisqu'on trouve suc des médaillée FHPAKAEâr TftN, pour ÔfwjOwTôir, et ailletirs Vékbf$i pour ÉXiwj, FaoLoeÇa pour o!|id^(x; ce quiiu€ âttsst imité dea Latins qui dirent pareillement ^/témm poor hordeum^ fœdus pour hœdm, fircus pour Mioki: D'ailkurs on voit dans l'alpteiBet tiré des tables dHéradée, le caractère don* il s'agit ,: fignré aussi d'une manière C qui lui donne ime ressembiance ptesquie complète k l'kncien dégomma. Ifoiis^ ajouterons ici en passant!, que la figwe de ce digamma^ sixième lettre de l'ancien alphabet grec , s'altéra peu à peu , et prit enfin la forme sous laquelle elle exprkne aujourd'hui chez les Grecs le nombre 6. ^. ^Ibarg
b'hsraglék. 371
{jéiphéib. Grascy pag. &) avait trouTé d'andens monumesis où cette lettre était nommée erisinen et episinon; mais, s*il est pecous de dÎM ce que noos en pensMiS^ il est prdbable qu^ ces mois ont été akérés par les copistes^ et formés du grec epimmon (iiiii»i|tov) qui est le nom qu'on donne à cette figure, Icnrsqn'elle se prend pour une marque nu* mérique. Do caractère , passons k la langue.
. Il suffit de jeter, les yeux sur cette, table ^ pour reconnaitre le dialecte d<Mique ; plusieurs monuments déposent que ce dialecte était en usage à Héradée, àTarente, et même dans. presque toute lu grande Grèce. Maïs on apprend d'un ancien gram-* mairien ^ qu il y avait deux sortes de dialecte donque^Fun ancien , qui daasia suite fut insensiblement négligé; un auUre plus nouveau, dont Sophron (i)* -et Epicharme {%) durent les inventeurs , et dont se. servit Théocirte (3) environ deux cents ans apvès. Quoique M. Mazochi n'ose pas déterminer le genre de dialecte dorique, emplofé dans les taUes d'Hié« radée^ tout néanmoins lui persuade que c'est le premier; parce qu'il croit y remarquer cette rudesse et cette grossièreté qu'on reprocliait k l'ancien (k>* riquè. Il eu donne pour exemple ces deux mots: 'jfoioyToeiftit^ iopa«ioovT«9<ri;poar iiotou(Ti, Tupoocituatc II reste à savoir dans quel temps ces tables fusent gra^ vées : pour y parvenir , M. Mazochi observe quel-
( I ) Vers la soixailte-quîniième olympiade.
(î) Vers kl quatre- vingt-quattïèfne olympiade. V (^3) YcKs la c^Dt-irentiénie olympiade.
27^ l'Es TABLCS
ques époques relatives à l'état dHéradée en divers temps. Elle fut bâtie, l'an 3i3 de Borne, par les Tarentins, sons la domination desquels elle fut jusque v^M l'an 4^7, qu'Alexandre Molossus la leur enleva, comme le rapporte Ttte-Live, /. VIII^ c. a4» Dès ce moment, elle jouit de tous les privilèges de l'autonomie; elle fit ensuite alliance avec Rome , sous le consulat de C. Fabricius , vers Fan 475, comme le témoigne Cicéron: (jpro Corn. Balbo. c. a a). Mais ce traité ne donna pas au corps entier des citoyens d'HéracIée le droit de bourgeoisie à Rome, ni celui d'y parvenir aux magistratures ci* viles. Après la guerre sociale, vers l'an 663, la lot Julia déféra le droit de bourgeoisie romaine aux villes dltalie, alliées de la république , et c'est alors qulléraclée, renonçant à son autonomie, adopta les lois de Rome. Or, M. Mazochi pense qu'on ne peut pas faire remonter l'époque des tables au temps où Héraclée était sous la domination des Tarentins ; car, outre qu'il n'y est jamais £ût mention de ces peuples , cette ville y est , au contraire , représentée comme une cité libre, et gouvernée par ses propres lois. Ce ne peut donc être qu'après l'an 4^7 ) temps auquel Molossus lui assura* ces avantages: ainsi M. Mazochi croit pouvoir fixer la date de ces monuments vers l'an 43o de Rome, un peu plus de trois cents ans avant Jésus-Christ. Il ne doute pas néanmoins que le second soit un peu moins ancien, parce que la forme des caractères en est un peu moins grossière , le dialecte moins dur, et l'orthographe moins éloignée de l'usage mo-
d'hjSjragléè. a^3
derne. Mais comme l'on voit quelquefois dans tous les deux les mêmes personnes nommées, Fintervalle de l'un à l'autre ne peut pas être considérable. Quoiqu'il en soit , ils nous apprennent que les habitants d'Héraclée, comme ceux de Lacédémone, avaient des éphores: aussi Strabon témoigne que lesTarentins, dont Héraclée fut une colonie, étaient issus des Lacédémoniens. Ces magistrats avaient le droit de convoquer la nation, de présider à ses assemblées, et leurs noms servait à la date des années, comme celui des consuls chez les Romains. On sait qu'à Sparte il y avait cinq éphores : mais on ignore si leur nombre était le même à Héraclée ; on voit uniquement qu'un seul était éponjrme. Il avait sous lui deux autres magistrats nommés poHanomes^ et leur fonction paraît avoir été la même que celle des préfets à Rome; car Dion (lia, 44) donne le nom depolianomes aux préfets que Jules César, au rapport de Suétone (in Julio y c. 76), établit au lieu des préteurs, pour gérer les affaires civiles pendant' son absence. Il y a lieu dé présumer que l'autorité de ces deux magistrats était plus grande à Héraclée, que celle des astjnomes dans la ville d'Athènes, où ils étaient au nombre de vingt.
On trouve aussi dans ces tables: les noms de deux mois connus chez les Macédoniens, appelée' etpanemus: le savant auteur croit le premier ori-' ginaire de Sparte, parce que lé mot (âireXXai) dont il dérive, et qui signifie comices y assemblée y était particulier aux Laçons. Il est vrai iqu il remonte encore plus haut , puisqu'il veut le fair^ descendre I 18