XII ESSAI SUH LA VIE
quence. Quand l'art de les cueillir ne me manquerait pas, les larmes que je répands m'en ôteraient le pouvoir. Je ne cesserai jamais de pleurer cet excellent homme, à qui j'étais si tendrement attaché : il m'honorait de son estime et de son amitié. Je sens qu'il y a de l'orgueil à le dire; mais c'est un orgueil que je n'ai pas le courage de réprimer. Plus heureux que Plutarque et Népos, je n'ai point à décrire ces scènes brillantes et terribles, oîi l'ambition et la passion de la gloire ont déployé des talents trop souvent pernicieux. Je détaillerai des travaux littéraires aussi utiles qu'immenses , entrepris avec un courage rare , suivis avec une persévérance plus rare encore ; et j'offrirai le tableau d'un caractère et d'une conduite où s'alliaient la «sensibilité, le désintéressement, la modestie, toutes les vertus qui font le plus d'honneur à l'humanité, parce que ce sont celles qui servent le mieux les hommes.
Jean-Jacques Barthélémy naquit à Cassis, petit port voisin d'Aubagne. C'est à Aubagne, jolie ville entre Marseille et Toulon , que sa famille était établie depuis long-temps. Son père, Joseph Barthélémy, avait épousé Magdeleîne Rastit, fille d'un négociant de Cassis. En 1 7 1 5 , elle alla faire une visite à ses parents , et ce fut pendant son séjour à Cassis qu'elle donna le jour h Jean-Jacques Barthélémy, le 20 janvier 17x6. On ne tarda pas à le transporter h Aubagne , où , à l'âge do