SCÈNE IX
DESROSNAIS, CAROLINE.
Est-ce un rêve?
DESROSNAIS.
Mais , non.
CAROLIiyE.
Ma surprise est extrême.
DESROSNAIS.
Vous me voyez surpris presque autant que vous-même.
Quoi ! je me croyais pauvre et j'avais ce tableau ! Mais il est d'un prix fou !
DESROSNAIS.
L'ouvrage est assez beau ; Cependant, je l'avoue entre nous, c'est bien vendre.
Mais quel est donc cet homme? et pouvez- vous comprendre Qu'on jette ainsi l'argent?...
Un nouveau riche? Eh quoi!
Ne connaissez- vous pas ces gens-là comme moi ? Prodigues de leurs biens , comme avides des nôtres , Ils dissipent les uns , comme ils ont pris les autres. Leur fortune d'un jour en un jour se détruit. Heureux quand les beaux - arts en tirent quelque fruit; Et quand ,-sur l'humble artiste étendant leurs largesses^
Ils fout par leurs bienfaits pardonner leurs richesses!... D'ailleurSj cet homme-ci me paraît connaisseur, Et rien , vous le savez, ne coûte à l'amateur.
Qu'à cet événement j'étais loin de m'attendre ! Mon cœur d'un peu de joie a peine à se défendre. L'avenir, entre nous, m'inspirait quelque effroi.
DESROSNAIS.
Eh bien! vous voilà presque aussi riche que moi.
Oh! non.
DESROSNAIS.
Votre fortune , au moins , vous met à même De choisir un époux qui soit riche et vous aime. Ah! si.... N'auriez-vous point déjà fait quelque choix?
Qui, moi?
DESROSNAIS.
Vous. Parmi ceux qui viennent quelquefois Vous voir...
CAROLINE, tendrement.
En vois-je tant ?
DESROSNAIS.
N'est-il point d'ami tendre , Dont les yeux, dont les soins aient su se faire entendre ?. . . Si , pour vous mériter , il fallait vos vertus , Sans doute on y ferait des efforts superflus. Mais que n'apprendra point votre époux de vous-même? On imite aisément un modèle qu'on aipie.