ARMAND, COURVILLE
COURVILLE
Que je bénis, monsieur, l'heureuse circonstance Qui m'a permis de faire avec vous connaissance ! Ah! quel homme!
ARMAND
C'est moi qui dois être flatté...
COURVILLE
Je ne vous flatte point, vous m'avez enchanté. Aussi dame ! à Paris, vous êtes un illustre , Et du barreau français l'ornement et le lustre.
ARMAND
Monsieur...
COURVILLE
Que Robertot n'a-t-il votre talenl '
0 20 L'AVOCxiT,
Que n'en a-t-il moitié! je serais trop content. Mais, tenez, entre nous , c'est un petit génie; Honnête.., oh! pour cela!... mais tête rétrécie , Pas d'esprit, pas de tact, enfin un procureur.
ARMAND
Vous ne le gâtez pas.
COURVILLE
C'est mon ami de cœur. Mais, s'il faut vous le dire, avec cet adversaire Vous n'aurez pas de gloire à gagner votre affaire. Et c^est un ennemi peu digne de vos coups. Moi, j'y regarderais, si j'étais que de vous; Car enfin, d'un côté point de gloire, et de l'autre, Si vous perdiez!... et puis quel client que le vôtre! Un marin soupçonneux!... Convenez qu'il serait Bien plus de votre goût, si cela se pouvait, De défendre une jeune et charmante pupille , Aimable... car elle est aimable ma Cécile, Et, la cause gagnée , elle a cent mille écus Dont je ne parle pas... D'ailleurs, tant de vertus ! Ah! de la ruiner ce serait bien dommage.
ARMAND
Je conviens qu'il faudra m'armer d'un grand courage.
COURVILLE
A votre place aussi, moi, je supposerais Une affaire , un voyage , et m'en retournerais.
ARMAND
Vous feriez là, monsieur, une belle incartade!